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Vendredi 18 décembre 2020

Accent souverainiste


Difficile de croire que les accents souverainistes pris par Didier Guillaume puis Julien Denormandie sont durables tant le parti de la majorité et les centristes ont toujours fait de l’intégration européenne l’un de leurs principaux marqueurs politiques. Brandir une menace de souveraineté face au poulet belge ou le cochon espagnol, ça n’est pas très centriste. Si ces accents sont apparus chez le ministre – et le Président – c’est bien sûr à la faveur de l’angoisse créée par la Covid-19, dont le terrain avait été préparé par trois ans de chaos trumpien. Dans les faits, ces ruptures d’approvisionnement étaient moins dues aux délocalisations qu’à un manque de stock, comme le montre un récent rapport de France Stratégie dans le domaine pharmaceutique, que l’on peut facilement extrapoler dans l’alimentaire ; les abattoirs de la Sarthe ont été touchés tout autant que ceux de l’Iowa, et les chauffeurs routiers roumains tout autant que les équipages de cargos philippins. CQFD. En fait, si Julien Denormandie continue d’appeler les Français à manger français et non européen, c’est probablement faute de mieux, ou plutôt en attendant mieux. Pour se protéger de la concurrence, sa majorité porte bien des dossiers de type « européiste » : harmonisation sociale, verdissement des règles du commerce. Mais le ministre en fait peu la publicité, probablement car ils ont peu de chance d’aboutir avant la fin de son mandat, ou que beaucoup, même dans son camp, seraient fatigués d’y croire.

Rédacteur en chef

Mathieu Robert



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