Identification Abonnement

Imprimer cet articleEnvoyer à un ami
Vendredi 06 juillet 2018

Bruxelles met en garde Washington contre toute tentative de « remise en cause de la Pac »


Alors que le conflit commercial avec les États-Unis risque de s’envenimer, les dirigeants européens sont aussi préoccupés par les droits compensateurs, pour l’instant provisoires, appliqués par Washington sur les importations d’olives espagnoles, qui, selon eux, sont « de nature clairement protectionniste » et « remettent en cause » la politique agricole commune.


Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, doit rencontrer Donald Trump d’ici la fin du mois à Washington pour tenter de trouver une issue aux conflits commerciaux déclenchés par les États-Unis qui menacent maintenant de taxer les importations d’automobiles. Le 2 juillet, Donald Trump, a assuré que son administration discute d’un compromis avec les Européens. « Si nous y parvenons, ce sera positif, et sinon, ce sera positif aussi », a-t-il ajouté.

Les mesures de rétorsion commerciales prises par l’UE en réponse aux taxes américaines sur l’acier et l’aluminium ont été « soutenues pleinement » par les chefs d’État et de gouvernement des Vingt-huit qui, réunis le 28 juin à Bruxelles, ont aussi pointé du doigt les droits compensateurs et antidumping provisoires instaurés par Washington sur les olives de table espagnoles (1). À la demande du premier ministre espagnol Pedro Sánchez, ils ont averti à ce propos que « l’UE doit réagir à toutes les actions de nature clairement protectionniste, y compris celles qui remettent en cause la politique agricole commune ».

Droits américains sur les olives espagnoles : « un précédent »

Dans une question à la Commission de Bruxelles avec demande de réponse orale déposée le 28 juin au nom de la commission de l’agriculture du Parlement européen, le député polonais Czesław Adam Siekierski souligne que « les États-Unis s’en prennent aux subventions européennes de la Pac » avec ces droits sur les olives espagnoles (qui doivent être confirmés le 19 juillet). « Depuis l’entrée en vigueur des premiers tarifs temporaires imposés par le gouvernement américain, qui sont inférieurs aux tarifs finals annoncés le 12 juin, les exportations espagnoles vers les États-Unis ont été réduites de 42,4 % au cours du premier trimestre par rapport à la même période en 2017. Dans certains cas, contrairement aux attentes de la Commission, les droits compensateurs sont même supérieurs aux droits antidumping pour certaines de ces sociétés », explique-t-il.

« Étant donné que les subventions de la Pac examinées relèvent de l’aide de la ‘boîte verte’, puisqu’elles sont découplées de la production et ne faussent pas les échanges, et qu’elles ne peuvent donc pas faire l’objet de droits compensateurs en vertu l’accord de l’OMC, l’action des États-Unis est une mesure agressive contre la politique agricole de l’UE et pourrait constituer un précédent pour d’autres secteurs », s’inquiète le président de la commission parlementaire de l’agriculture.

Il demande donc à l’exécutif européen, qui devra répondre lors d’une prochaine session plénière de l’Assemblée, quelles mesures il « propose à présent pour faire face à cette situation » et s’il « compte attaquer les États-Unis devant l’OMC ».

« Améliorer le fonctionnement de l’OMC »

Les dirigeants des Vingt-huit ont également demandé le 28 juin à la Commission européenne de « proposer une approche globale pour améliorer, de concert avec les partenaires qui partagent les mêmes valeurs, le fonctionnement de l’OMC ». Ils se prononcent notamment pour « un règlement des différends plus efficace et transparent, incluant l’organe d’appel », organe que Washington remet en cause en bloquant le renouvellement de ses membres.

« L’OMC a traité les États-Unis très mal », a de nouveau affirmé Donald Trump le 2 juillet. Interrogé par les journalistes sur un éventuel retrait de cette organisation, il a répondu : « Nous ne planifions rien maintenant, mais s’ils ne nous traitent pas correctement, nous ferons quelque chose. »

(1) Voir n° 3650 du 25/06/18

(2) Voir n° 3651 du 02/07/18

Face à face sino-américain

La Chine devrait taxer le 6 juillet les importations d’une série de produits agricoles et agroalimentaires américains – soja, sorgho, porc, mais aussi cerises, whisky… – si les États-Unis instaurent à cette date les droits supplémentaires qu’ils menacent d’imposer sur ses exportations de biens technologiques (2). La Chine importe annuellement quelque 95 millions de tonnes de soja, ses achats auprès des États-Unis ayant atteint 14 milliards $ en 2017, soit un tiers de la production américaine. Les Américains sont les premiers fournisseurs de sorgho de la Chine, soit 4,8 Mt en 2017.

La Chine doit, si ce conflit se confirme, trouver de nouvelles sources d’approvisionnement, tandis que, aux États-Unis, les agriculteurs sont de plus en plus inquiets.

G20 : deux fois plus de mesures restrictives

Publié le 4 juillet, un rapport de l’OMC montre que le nombre de nouvelles mesures restrictives pour le commerce appliquées par les pays du G20 a doublé sur la période allant de mi-octobre 2017 à mi-mai 2018 par rapport à la période précédente.

Selon le directeur général de l’organisation, Roberto Azevêdo, les conclusions de ce rapport devraient être « réellement préoccupantes » pour la communauté internationale.

FXS



Téléchargement