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Vendredi 12 mars 2021

Cantique des cantines


Julien Denormandie se pose régulièrement en « écologiste de la raison ». Peut-être veut-il mettre à profit, en l'actualisant, cette célèbre phrase de Sénèque : « Si tu veux te soumettre toutes choses, soumets-toi à la raison. » Quoiqu'il en soit, armé de ce concept aiguisé comme un couteau, le jeune ministre accuse à tout-va ses opposants de ne pas intégrer pleinement la science et l’économie dans les débats environnementaux. Chose qu’il s’évertua, de son côté, à mettre en avant dans ses premières décisions. C’est ainsi que pour réautoriser temporairement les néonicotinoïdes en betterave, Julien Denormandie argua d’une impasse économique, tout en reconnaissant – contrairement à de nombreux professionnels – leurs effets démontrés sur les pollinisateurs, y compris lorsqu’ils sont épandus sur betterave. Dans la même ligne, il remettra sur la table le dossier aussi poussiéreux que sulfureux de l’autorisation des NBT dont ses prédécesseurs n’osaient même plus prononcer le nom. Mais voilà qu’arrive le sujet de la viande et du climat. D’abord par le biais de la viande artificielle, face à laquelle Julien Denormandie vantera soudainement les mérites du « naturel » contre « l’artificiel ». Et puis la viande dans les cantines. Et sur ce thème, la science disparaît complètement des discours du ministre. Pas une mention de ces études qui s’entassent année après année pour pointer du doigt le levier de la réduction des protéines animales dans le changement climatique. Silence radio.

Mathieu Robert



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