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Vendredi 13 septembre 2019

Commission européenne : Janusz Wojciechowski, un profil à confirmer


Ce n’est pas un inconnu. Janusz Wojciechowski, nouveau commissaire désigné à l’Agriculture, a longtemps siégé à la commission de l’Agriculture du Parlement européen. Mais il a jusqu’à présent surtout travaillé sur deux dossiers : la défense du bien-être animal et la convergence des niveaux de soutien de la Pac entre anciens et nouveaux États membres de l’UE. Dans la lettre de mission qu’elle lui a adressé, la nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, insiste à de nombreuses reprises sur la nécessité pour le secteur agricole de participer activement aux objectifs environnementaux et climatiques de l’UE. Le nouveau commissaire sera d’ailleurs chapeauté par le vice-président Frans Timmermans en charge du climat et du « pacte vert » européen. Janusz Wojciechowski va devoir faire ses preuves, et en premier lieu convaincre ses anciens collègues du Parlement européen qui sont encore, pour certains, sceptiques. Il devra pourtant obtenir leur feu vert avant de prendre ses fonctions le 1er novembre et s’atteler à son premier chantier : finaliser la réforme de la Pac.


C‘est bien le Polonais Janusz Wojciechowski qui succédera à Phil Hogan en tant que commissaire européen à l’Agriculture au sein de la prochaine Commission européenne, a confirmé sa présidente Ursula von der Leyen le 10 septembre. Plutôt connaisseur des dossiers agricoles, pour notamment avoir siégé à la commission de l’Agriculture du Parlement européen (Comagri) entre 2004 et 2016 et même y avoir assuré la vice-présidence, il est, depuis 2016, membre de la Cour des comptes de l’UE pour laquelle il a supervisé plusieurs rapports ayant trait au secteur agricole (biodiversité, sûreté alimentaire, bien-être animal, jeunes agriculteurs).

Ancien juge, d’abord membre du Parti paysan polonais – un parti dont sont issus un certain nombre de ministres de l’Agriculture ces dernières années – dont il a été le président, Janusz Wojciechowski a depuis la fin des années 2000 rejoint le parti conservateur et eurosceptique Droit et justice, au pouvoir en Pologne actuellement. Au sein du Parlement européen il a d’abord été membre du groupe chrétien-démocrate (PPE) avant de passer en 2009 dans celui des conservateurs et réformistes (ECR) – avec un passage entre les deux au sein du groupe de l’Europe des nations et de la liberté (souverainiste et eurosceptique). Il est connu en Pologne pour ses chroniques à la très conservatrice et catholique radio polonaise Maryja.

Mais l’eurodéputé français Éric Andrieu qui a occupé en même temps que le nouveau commissaire désigné la vice-présidence de la Comagri, estime néanmoins qu’il n’a pas une vision complète pour l’agriculture européenne. Selon lui, seuls deux sujets l’ont intéressé pour l’instant : la convergence des aides (réduction de l’écart du niveau des soutiens directs de la Pac entre les anciens et les nouveaux États membres de l’UE) et le bien-être animal. Janusz Wojciechowski a en effet été membre de l’Intergroupe du Parlement européen sur le bien-être et la conservation des animaux (entre 2004 et 2016 et en a même assuré la présidence de 2014 à 2016), période durant laquelle il a notamment adopté une position très ferme contre la production du foie gras.

Sous influence verte

Dans la lettre de mission qu’elle lui adresse, Ursula von der Leyen insiste fortement sur la nécessité, dans le cadre de la finalisation des négociations sur la Pac et sa future mise en œuvre, de veiller à l’ambition environnementale et climatique du règlement.

La présidente de la Commission européenne met en avant l’importance du secteur agricole pour la réalisation des engagements communautaires en matière de climat, notant également qu’il est « fortement exposé aux effets du changement climatique ». Le nouveau commissaire aura pour tâche de veiller à ce que le secteur respecte ses engagements « tout en l’aidant à s’adapter aux changements climatiques, démographiques et technologiques », insiste-t-elle, et de « se concentrer sur une production alimentaire plus saine et plus durable », qui sera « une partie importante du “pacte vert” européen ». Janusz Wojciechowski sera sous la direction du premier vice-président de la Commission européenne, le Néerlandais Frans Timmermans en charge du climat et de manière plus large du « pacte vert » pour l’Europe (voir encadré).

La lettre de mission du prochain commissaire l’appelle à tout faire pour « conclure rapidement les négociations sur une Pac moderne et simplifiée pour l’après 2020 ». Cette nouvelle Pac, précise-t-elle « devra encourager l’adoption des technologies numériques et faire en sorte que le secteur puisse rester compétitif, assurer un revenu équitable et soutenir les jeunes agriculteurs ». Dans la phase de mise en œuvre, Ursula von der Leyen charge le commissaire à l’Agriculture de « travailler en étroite collaboration avec les États membres sur leurs plans stratégiques afin de s’assurer qu’ils trouvent un équilibre entre les objectifs de l’UE et les priorités nationales » en accordant « une attention toute particulière aux critères et exigences en matière d’environnement et aux objectifs liés au climat ».

Le commissaire polonais désigné est également invité à « contribuer à la nouvelle stratégie “de la ferme à la table” pour une alimentation durable, qui vise à améliorer la durabilité tout au long de la chaîne, notamment par la production biologique ». Un autre de ses objectifs sera de veiller à la « réduction de l’utilisation des pesticides, des engrais et des produits chimiques en Europe et au-delà ». Enfin, il devra également travailler à la mise en place d’un système d’indications géographiques renforcé et d’une nouvelle vision à long terme pour les zones rurales.

À confirmer

Les auditions des futurs commissaires européens par les commissions parlementaires compétentes auront lieu entre le 30 septembre et le 8 octobre. Puis, l’Assemblée dans son ensemble votera sur la nouvelle Commission européenne lors de la session plénière du 21 au 24 octobre à Strasbourg. Pour le moment, Janusz Wojciechowsli se prépare donc à son grand oral devant le Parlement européen. Une séance de questions/réponses de trois heures. Il a déjà rencontré certains chefs de file des groupes politique de la Comagri.

Mais il est actuellement visé par une enquête de l’agence antifraude de l’UE, l’Olaf, concernant le remboursement excessif de frais de déplacement lorsqu’il était eurodéputé. Le Parlement, pour affirmer son pouvoir, a l’habitude de rejeter la nomination d’un ou deux candidats – pour diverses raisons comme des conflits d’intérêts, des affaires judiciaires ou certaines positions politiques. Le nouveau commissaire désigné à l’Agriculture pourrait donc être une de leurs cibles. Le règlement intérieur du Parlement prévoit que chaque commissaire doit être approuvé par une majorité des deux tiers des voix de la commission parlementaire dont ils dépendent. Néanmoins, d’autres futurs commissaires semblent plus exposés que lui : le Hongrois László Trócsányi (Voisinage et élargissement) pour sa proximité avec le président Viktor Orbán, la Roumaine Rovana Plumb (Transports) proche de l’ancien président Victor Ponta et accusée de corruption ou encore la Française Sylvie Goulard (Marché intérieur), elle aussi sous le coup d’une enquête de l’Olaf pour utilisation abusive des fonds du Parlement européen dans son parti politique le MoDem.

Des doutes à lever

Mais c’est surtout sur le fond que le nouveau commissaire devra convaincre les eurodéputés. Si les coordinateurs pour l’agriculture des groupes Social-démocrate et des Verts, respectivement Paolo de Castro et Martin Hausling, se montrent a priori positifs – notamment parce qu’ils estiment que Janusz Wojciechowski sera sensible à la question des petites exploitations –, d’autres se montrent plus sceptiques.

Dans le groupe des démocrates-chrétiens (PPE) – au sein duquel il a un temps siègé –, plusieurs élus, allemands notamment, craignent sa position sur la convergence. Dans une réaction sur Twitter, la Française Anne Sander invite à la « prudence » notamment sur le budget agricole : « Certes, Varsovie veut maintenir la Pac à niveau mais les intérêts de la Pologne ne sont pas forcément les mêmes que ceux de la France. Il faudra être attentif et surtout parler avec le commissaire responsable du budget, qui va jouer un rôle déterminant. » Éric Andrieu a, lui, de « grosses craintes », notamment sur l’engagement en faveur de l’environnement du nouveau commissaire. « C’est un mauvais choix », estime-t-il. L’avenir dira s’il a raison.

Une connaissance au Commerce

Phil Hogan, commissaire européen à l’Agriculture, reprendra donc du service dans la nouvelle équipe d’Ursula von der Leyen, en tant que commissaire européen au Commerce. Un portefeuille qu’il lorgnait depuis de longs mois. Il a activement participé aux négociations commerciales entre l’UE et les États-Unis avant qu’elles n’achoppent et à celles avec le Japon ainsi que le Mercosur qui ont, elles, abouti à un accord. Et l’Irlandais, ce n’est pas anodin, sera en première ligne pour négocier un accord de libre-échange avec le Royaume-Uni après le Brexit. « Il sera un négociateur juste mais déterminé », a assuré Ursula Von der Leyen. « Le Brexit, s’il doit arriver, n’est pas la fin de quelque chose mais le début de notre nouvelle relation », a-t-elle indiqué lors de sa conférence presse de présentation du nouveau collège des commissaires.

Phil Hogan aura également la responsabilité de gérer les tensions commerciales avec les États-Unis. « M. Trump a indiqué sa nette préférence pour les guerres commerciales plutôt que pour les accords commerciaux. S’il maintient cette dynamique particulière de protectionnisme, je m’attends à ce que l’Union européenne continue à conclure des accords dans le monde entier », a-t-il déclaré dans un entretien sur la chaîne irlandaise RTÉ, le 10 septembre. Sceptique, l’eurodéputé français Éric Andrieu a estimé que « mettre au commerce le plus grand défenseur de l’agrobusiness est une folie ». Les organisations et coopérative agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) au contraire se sont félicitées de retrouver l’actuel commissaire à l’Agriculture avec le portefeuille du Commerce : un poste où il pourra défendre les intérêts de l’agriculture européenne, selon elles.

Au menu de la future Commission : budget, pesticides et bien-être animal

Pour la prochaine commission européenne, Ursula von der Leyen a décidé de mettre en place une nouvelle organisation encore plus pyramidale que la précédente avec trois super vice-présidents – le social-démocrate néerlandais Frans Timmermans en charge du Climat, la libérale danoise Margrethe Vestager qui garde son portefeuille à la Concurrence et le démocrate-chrétien letton Valdis Dombrovskis aux finances. À cela s’ajoutent cinq vice-présidents.

La Chypriote Stella Kyriakides, si elle est confirmée par le Parlement européen, deviendra commissaire en charge de la Santé – qui couvre les dossiers de la sûreté alimentaire, la santé animale et végétale. Dans sa lettre de mission, Ursula von der Leyen lui demande de « travailler à la protection de la santé des plantes, à réduire la dépendance à l’égard des pesticides et à stimuler l’adoption d’alternatives à faible risque et non chimiques », tout en aidant à « protéger les citoyens de l’exposition aux perturbateurs endocriniens ». Dans le domaine de la santé animale, il lui est demandé d’assurer l’application de la législation sur le bien-être animal. Enfin, Stella Kyriakides devra collaborer avec les États membres « pour élaborer une stratégie concrète contre la fraude alimentaire ». Quelques dossiers épineux attendent déjà sur son bureau : la réautorisation ou non du glyphosate et le statut – OGM ou non – des nouvelles techniques de sélection.

Le poste de commissaire européen à l’Environnement et des Océans est confié à un jeune lituanien de 28 ans : Virginijus Sinkevicius, membre de l’Union agraire et des verts, un parti écologiste conservateur.

Enfin, l’Autrichien Johannes Hahn, qui effectuera son troisième mandat de commissaire européen, aura la lourde et urgente tâche de négocier le futur budget pluriannuel de l’UE pour la période 2021-2027.

Plus de rigueur sur les aides d’États ?

Simple évolution technique ou réel changement de politique ? La présidente Ursula von der Leyen a décidé de transférer les services en charge de la validation des aides d’États agricoles au sein de la direction générale de l’Agriculture vers la direction générale de la Concurrence (dont la Danoise Margrethe Vestager va rester la commissaire). Un changement qui pourrait amener Bruxelles à se montrer plus pointilleuse au moment de donner son feu vert aux États membres. Néanmoins, restera toujours hors du radar de Bruxelles le système d’aides de minimis qui permet aux États membres d’accorder jusqu’à 25 000 € de soutiens sur trois ans par exploitation agricole sans notification préalable.

(AG)



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