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Vendredi 13 mars 2020

Complexité et fatalisme


On comprend bien la tentation qu’ont les élus de politiser le sur-taux de suicides chez les agriculteurs. Chacun peut y trouver l’illustration – la plus chargée d’émotion, et donc la plus mobilisatrice – d’un problème qu’il veut régler : à droite, l’abandon des campagnes – voire de l’identité nationale – et des exploitations familiales ; à gauche, l’écrasement des petits exploitants, la violence du capital et du marché.

Ainsi, ces dernières années, Jean-Luc Mélenchon, Bruno Le Maire, François Fillon, Marine Le Pen ont chacun fait publiquement le lien entre les politiques économiques et les suicides des agriculteurs. Cela était jusqu’ici d’autant plus aisé que la littérature scientifique était assez maigre sur le sujet, et que les « morts volontaires » laissent souvent un champ complètement libre à leur interprétation.

Ce que décrit le récent travail du sociologue Nicolas Deffontaines, qui ouvre un champ assez vaste de corrélations, et d’explications. Les politiques économiques, et leur capacité à prévenir les crises ou assurer le renouvellement des générations, font bien partie des facteurs qui concourent à certaines trajectoires de suicide, mais au milieu de beaucoup d’autres phénomènes, et de façon assez complexe.

Bien sûr, la complexité ne doit pas justifier le fatalisme – pour les agriculteurs comme pour les ouvriers, soit dit en passant, qui sont eux aussi « en haut de la hiérarchie du malheur ». Les quatre facteurs identifiés par Nicolas Deffontaines (isolement, imbrication famille/travail…) sont donc autant de chemins qui nous rapprochent de la solution.

Mathieu Robert