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Vendredi 08 juin 2018

Congrès des JA


Au congrès des Jeunes agriculteurs (JA) à Lourdes le 7 juin, la présidente de la FNSEA Christiane Lambert et le président des JA Jérémy Decerle – reconduit dans ses fonctions – ont présenté au ministre de l’Agriculture leurs revendications, en amont des blocages de raffineries qui se dérouleront du 10 au 13 juin. Les syndicats affichent quatre demandes : l’interdiction d’importer « tout produit ne correspondant pas aux standards de production français », pas d’évolution législative ou réglementaire qui « génère de nouvelles charges » et sans étude d’impact préalable ; allégement du coût du travail notamment saisonnier ; ciblage du volet agricole du grand plan d’investissement vers la « mise en œuvre des plans de filière ».


Il aura été peu question d’installation ou de transmission lors du congrès des Jeunes agriculteurs (JA) qui s’est déroulé à Lourdes du 5 au 7 juin. En clôture des trois jours, Jérémy Decerle, président des JA, et Christine Lambert, présidente de la FNSEA, dans une ambiance plutôt tendue, ont adressé au ministre de l’Agriculture Stéphane Travert leurs revendications en vue des manifestations prévues du 10 au 13 juin. Les actions prévues consisteront – pour l’essentiel – à bloquer treize raffineries et dépôts de carburant à travers toute la France, comme autant de « symboles des distorsions ».

Avant de débuter son intervention, Jérémy Decerle a invité Samuel Vandaele, secrétaire général des JA et les secrétaires généraux adjoints à offrir au ministre des présents « symboles des distorsions de concurrence » : des cerises, une côte de bœuf, un poulet et un petit singe, écho à la déforestation engendrée par la production d’huile de palme.

« Pour nous c’est l’incompréhension totale, face au choix du gouvernement qui conduit à des distorsions de concurrence que nous ne pouvons plus accepter », a lancé Christiane Lambert, à Lourdes, avant de présenter les quatre revendications des syndicats.

Quatre revendications, trois jours de blocages

Sous les applaudissements soutenus des JA, la présidente de la FNSEA a demandé au gouvernement « d’interdire l’importation de tous produits ne correspondant pas aux standards de production français ». Elle souhaite en particulier l’adoption dans le projet de loi Egalim de l’amendement déposé par le député socialiste Guillaume Garot qui prévoyait cette interdiction mais qui a été rejeté par l’Assemblée nationale.

La FNSEA demande ensuite qu' « aucune norme ne soit créée sans une étude d’impact complète et systématique du Comité de rénovation de normes agricoles (Corena) ». Un comité qui ne s’est pas réuni depuis plus d’un an, regrette la FNSEA, malgré leurs demandes répétées. Sur ce thème, Christiane Lambert a dénoncé une « avalanche de contraintes » et rappelé les déclarations du président de la République relatives à la non-surtransposition des règles européennes.

Troisième revendication : « l’allégement du travail saisonnier pour être compétitif par rapport à leurs voisins européens ». En effet, selon le syndicat, le coût du travail saisonnier en France est supérieur de 37 % au coût de la main-d’œuvre en Italie. « La France a vraiment le don de se tirer des balles dans le pied ».

« Commercer dans des conditions loyales »

Enfin, la dernière revendication concerne le volet agricole du grand plan d’investissement, « qui a suscité beaucoup d’espoir » : la présidente demande : « Où sont passés les 5 milliards d’euros promis ? ». « Les plans de filière doivent déboucher sur une mobilisation de moyens sonnante et trébuchante pour accompagner les transitions de nos exploitations. »

Christiane Lambert résume la position de la FNSEA : « Commercer oui, exporter oui, importer oui mais dans des conditions loyales, et non distorsions ». Et de conclure sous les acclamations de la salle : « Osons le dire aux consommateurs, n’importez pas l’agriculture que vous ne voulez pas dans vos assiettes. »

Jérémy Decerle a pris le temps de faire un « bilan positif de l’examen du texte de loi Egalim à l’Assemblée nationale » pour ce qui concerne la première partie dédiée aux revenus des agriculteurs. Mais il est resté intransigeant et incisif dans le reste de son discours. « Un marché ouvert, c’est bien si les règles du jeu et les charges sont les mêmes pour tous les joueurs », a-t-il lancé.

« Nous ne cherchons pas à bloquer le pays »

Le même jour à Paris, la FRSEA Ile de France détaillait les motivations et le mode opératoire du blocage des quatre sites de Total (Grandpuits, Grigny, Gennevilliers et Coignières) qui la concernent. « Nous ne cherchons pas à bloquer le pays mais à alerter l’opinion sur les importations distorsives », a déclaré Damien Greffin, président de la FRSEA. Les importations distorsives sont caractérisées par leurs prix bas en raison d’un bas niveau de standards sociaux et environnementaux. L’importation de 300 000 tonnes d’huile de palme, si elle se réalisait, chasserait 500 000 hectares de culture de colza.

Le revenu annuel des exploitations franciliennes est tombé à 2 700 € en moyenne des quatre dernières années, a ajouté Cyrille Milard, citant la MSA. Il était de 16 000 € jusqu’en 2012. La chute est due à de mauvaises récoltes de céréales, à la dégradation des cours mondiaux et à une élévation globale des charges, a précisé Cyrille Milard. « Nous ne sommes pas opposés à toutes les charges supplémentaires, si elles correspondent à une demande sociétale. Dans ce cas il faut que ces charges pèsent aussi sur la concurrence », a repris Damien Greffin. Sur cette question des charges sources de distorsions, les producteurs franciliens n’excluent pas un terrain d’entente avec les routiers.

Les associations spécialisées d’élevage mobilisées

Enfin, la chose n’était pas évidente, compte tenu du caractère sectoriel des cibles visées, mais les associations spécialisées en production animale de la FNSEA ont annoncé, chacune dans un communiqué le 6 juin, qu’elles appelaient à rejoindre la mobilisation.

La FNP (porc) et la CFA (volaille) pointent du doigt les accords de libre-échange négociés ou en cours de négociation (Canada, Mercosur). La FNPL insiste sur le prix du lait, actuellement « à la traîne », selon les éleveurs. La CFA insiste sur l’augmentation des importations de poulet en provenance d’Ukraine, depuis 2014, à cause de l’existence d’une « ligne tarifaire fourre-tout non soumise à quotas ».

Pour la FNB (viande bovine), « le temps est venu de hausser le ton » pour dire « stop à la course effrénée à l’importation massive de malbouffe » qui expose l’élevage « à la concurrence déloyale, avec l’importation de centaines de milliers de tonnes de viandes bovines produites au sein de systèmes peu ou pas réglementés sur le plan sanitaire, environnemental et du bien-être animal ».

Quant à la FNO, elle s’inquiète de « l’avenir de l’élevage ovin français » et dénonce le « sacrifice de l’agriculture française par l’État ». Les producteurs de fruits ne seront pas en reste ; la FNPF cite en exemple la concurrence de cerises turques possiblement traitées au diméthoate, produit interdit en France.

Huile de palme : les producteurs malaisiens menacent d’une guerre commerciale

Le Conseil malaisien de l’huile de palme (MPOC) avertit le 7 juin qu’« en interdisant l’huile de palme, l’UE pourrait porter un coup aux exportations et à l’emploi en France ». Cela entraînerait pour l’Hexagone une perte de 2 800 emplois et 309 millions d’euros à l’export, selon l’organisme de promotion de la filière. Le MPOC s’appuie sur un rapport de la société de conseil Copenhagen Economics, pour qui les mesures de rétorsion des pays producteurs d’huile de palme (Indonésie, Malaisie, Thaïlande) toucheraient en France prioritairement les entreprises d’aéronautique et de l’aérospatiale. Interdire le produit n’aurait « aucun sens dans la mesure où 100 % de l’huile de palme incorporée dans les biocarburants est obligatoirement certifiée durable selon des exigences posées par l’Union européenne », ajoute le MPOC dans un communiqué.

Avec une semaine d’avance, la FDSEA de la Sarthe se mobilise

La FDSEA et les Jeunes agriculteurs de la Sarthe se sont mobilisés le 4 juin, devant la préfecture du Mans, avec une semaine d’avance sur les manifestations annoncées par la FNSEA et les JA, notamment des blocages de raffineries, entre le 10 et le 15 juin. Éloignés des côtes et donc des raffineries, les éleveurs sarthois « voulaient bouger » et montrer qu’ils sont eux aussi « en colère », explique à Agra Presse, Denis Pineau, président de la FDSEA. Mot d’ordre de la manifestation : « dénoncer le double discours, le fait que l’on puisse importer des produits dont on ne veut pas chez nous ». La mobilisation était aussi l’occasion « d’expliquer aux adhérents les avancées issues des États généraux de l’alimentation, car il y a en a, comme sur la construction du prix. »

AJ, MR, MN



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