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Vendredi 01 mars 2019

Coopératives et golems


Les coopératives agricoles sont apparues après-guerre comme des entreprises destinées à défendre les agriculteurs ; les coopérateurs mettaient en commun des savoirs, des pouvoirs de marché et des capitaux dont ils considéraient que, mis en commun, ils servaient mieux les intérêts de chacun d’entre eux, que s’ils y avaient été utilisés séparément. Pour ce faire, des entités nouvelles furent créées, qui n’étaient la propriété de personne en particulier, mais constituaient une sous-division de l’activité de chacun (achats, collecte, transformation…). De ces activités, les agriculteurs se sont peu à peu éloignés. Si bien qu’aujourd’hui, les coopératives agricoles semblent perçues comme le Golem de Paul Wegener et Carl Boese (1920). Dans ce film, inspiré de la tradition juive, une communauté constate effarée que le golem qu’elle avait fabriqué peut se retourner elle – et voit ainsi s’évanouir l’illusion d’être son Créateur. C’est un fait : en cas de forte tempête sur les marchés, de défaillance, les coopératives peuvent proposer des prix intenables pour leurs adhérents, tout comme une ferme peut se retourner contre un éleveur, et ne lui fournir aucun revenu. Bien sûr, comme le golem de la tradition juive, qui peut être réduit en poussière en lui ôtant une simple lettre inscrite sur son front, les agriculteurs peuvent à tout moment se retirer des coopératives, les faire disparaître, comme ce fut le cas de Socopa revendue par Bigard. Pour autant, cela ne fait pas disparaître ce contre quoi la coopérative devait défendre les agriculteurs.

Mathieu Robert



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