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Vendredi 08 mars 2019

Délégation et souveraineté


Sans détenir aucune propriété foncière, pas même un bail rural, sans posséder aucune machine agricole, pas même un hangar, des sociétés peuvent aujourd'hui gérer, pour autrui, plusieurs milliers d'hectares de terres agricoles en grandes cultures. Une évolution dont les origines sont à chercher dans le secteur agricole lui-même, ses logiques patrimoniales ou ses stratégies d'entreprises, selon le sociologue François Purseigle. Mais cette «tertiarisation» de l'activité agricole semble aussi grandement facilitée par l'absence d'encadrement et par la révolution de productivité apportée des outils numériques (gestion, cartographie, télécommunications...). À ce titre, l'émergence de formes de «délégation intégrale» n'est pas sans faire écho à celle des outils numériques d'aide à la décision (OAD), qui repoussent également les limites du conseil agricole. Depuis plusieurs années, on observe les grands semenciers et agrochimistes internationaux investir lourdement dans ce domaine, en multipliant les achats de start-up et les développements d'applications destinées à améliorer la productivité des agriculteurs. Ces investissements posent déjà à certains des questions de souveraineté des agriculteurs. Mais ne peut-on pas également imaginer que demain, en voulant prolonger leur incursion dans le conseil, ces mêmes industriels investissent directement dans les principales sociétés de gestion françaises. Après tout qu'est-ce qui les en empêche?

Rédacteur en chef

Mathieu ROBERT



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