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Vendredi 01 février 2019

Damien Lacombe, président de Coop de France Métier du lait


Projet d’ordonnance sur le droit coopératif, critiques de la gouvernance, menaces de créations d’OP au sein des coopératives, négociations commerciales en cours. Damien Lacombe, président de Coop de France Métier du lait, livre son éclairage sur l’actualité des coopératives laitières.


Dans le cadre des négociations commerciales en cours, plusieurs industriels et distributeurs ont annoncé des accords sur une revalorisation du prix du lait. Les États généraux de l’Alimentation (Egalim) portent-ils leurs fruits ?

Dès le début des Egalim, nous avons eu une attitude offensive. Il n’était pas concevable de ne pas avoir de retour pour la filière laitière. Le cadre actuel des négociations commerciales est plus favorable que les années passées. Je suis plutôt optimiste. Les premières annonces ont montré que certaines enseignes étaient à même de s’engager sur une revalorisation du lait. C’est plutôt bon signe mais nous jugerons les choses quand nous pourrons les constater. Un agriculteur n’a pas l’habitude de dire que la récolte sera bonne avant d’avoir moissonné. Nous serons attentifs jusqu’à la fin des négociations. De plus, une première étape doit être franchie cette année, mais l’année prochaine, il faudra aller encore plus loin.

Le projet d’ordonnance de réforme du droit coopératif, présenté par le gouvernement le 18 janvier, prévoit des sanctions contre les coopératives en cas de « rémunération des apports abusivement basse ». Comment accueillez-vous ce projet ?

Nous sommes très en colère. L’ordonnance ne peut pas rester pas en l’état. La rémunération des coopérateurs ce n’est pas juste la rémunération des apports qui n’est qu’un prix d’acompte. Car les adhérents des coopératives vont jusqu’à la valorisation finale de leurs produits. Ils ont dans le bilan de leur exploitation les investissements dans le capital social de la coopérative. Ils sont propriétaires de leurs outils de transformation.

Aussi, leur rémunération prend également en compte les compléments de prix et les ristournes. En 2017, le prix moyen du lait payé aux associés coopérateurs, toutes qualités et toutes primes comprises, est supérieur de 6 euros/1 000 litres au prix moyen payé en France. Aligner le droit coopératif sur le droit commercial est la négation du fonctionnement des coopératives. Nous ne pouvons pas laisser faire.

La Coordination rurale critique la gouvernance des coopératives. La Fédération nationale des producteurs de lait (FNSEA) demande des comptes pour évaluer leurs performances. Que répondez-vous ?

Nous sommes en période d’élection des chambres d’agriculture, cela peut exacerber certains points de vue.

Dans tous les cas, les critiques sont intolérables lorsque les personnes ne participent pas aux réunions de leurs coopératives. Car lors des assemblées générales, il y a une transparence claire, nette et précise des résultats de la coopérative.

Et Coop de France Métiers du lait est pleinement engagé sur le travail de confiance des adhérents envers leur coopérative. Nous menons des enquêtes sur la vie des coopératives laitières. Il y a de belles avancées sur le terrain. Et une charte de bonne gouvernance est en préparation au niveau de Coop de France.

Certaines voix s’élèvent pour proposer de créer des organisations de producteurs (OP) au sein même des coopératives afin, selon eux, de pallier les problèmes de gouvernance. Est-ce concevable ?

Si les producteurs veulent être dans une OP alors ils ne sont pas adhérents d’une coopérative. Les coopératives sont des OP. Vous ne pouvez pas adhérer à deux OP qui ont la même vocation. Juridiquement, ce n’est pas possible.

On ne peut pas donner de la main droite un mandat à des producteurs qui vous représentent pour gérer la coopérative, et de la main gauche, donner un mandat à d’autres producteurs qui vont négocier avec les premiers. Ça ne marchera pas.

Aujourd’hui, l’enjeu majeur des coopératives laitières est la valorisation de la production. D’où notre position offensive ces derniers mois sur les négociations commerciales et la loi Egalim. Car ce sont les coopératives aujourd’hui qui redistribueront le mieux le résultat de la valorisation à leurs adhérents. Cela fait partie de l’ADN du modèle coopératif.

Une première étape doit être franchie cette année et l’année prochaine, il faudra aller encore plus loin.

Aligner le droit coopératif sur le droit commercial est la négation du fonctionnement des coopératives.

Les critiques sont intolérables lorsque les personnes ne participent pas aux réunions de leurs coopératives.

Propos recueillis par Alizée Juanchich