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Vendredi 11 septembre 2020

Eat French ?


Le Covid-19 semble avoir causé un changement dans l’expression publique des élus, qui n’hésitent plus à enjoindre leurs concitoyens à consommer français (et non pas européen). Durant le confinement, avec la spontanéité qu’on lui connaît, Didier Guillaume n’avait pas hésité à lancer des appels à manger français. Nécessité faisait loi. Ou, comme le disaient les Athéniens dans La Guerre du Péloponnèse (Thucycide) : « Nul ne saurait trouver mauvais qu’on ait égard à ses intérêts quand on se trouve au milieu des pires dangers. » Mais que faire aujourd’hui, dès lors que le danger s’éloigne et que l’agriculture retrouve une activité normale, comme le montrent les derniers chiffres de l’Insee ? La France est intégrée à un marché européen dont les institutions se sont déjà agacées au printemps de voir essaimer ces appels à consommer national. Depuis sa nomination, Julien Denormandie a trouvé une façon astucieuse de continuer à appeler à manger français, en argumentant que l’agriculture et l’alimentation françaises seraient les « meilleures au monde ». S’appuie-t-il sur l’étude du réseau scientifique InterAcademy Partnership, publié chaque année par le prestigieux magazine britannique The Economist ? Certes, elle place la France en tête des « systèmes alimentaires » les plus durables, mais rappelons qu’elle se classe seulement en 16e place pour la durabilité de son agriculture. Le sujet est d’importance, car depuis dix ans, ce ne sont plus les pays tiers qui taillent des croupières à la Ferme France, mais bien ses voisins européens.

Mathieu Robert



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