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Vendredi 31 janvier 2020

Faire ses calculs


Le Brexit nous confronte une nouvelle fois au vertige de la renationalisation de la Pac, avec ici un exemple radical. Mettons-nous donc à la place d’un agriculteur britannique moyen. Quelles que soient les garanties budgétaires brandies aujourd’hui au 10 Downing Street, il y a de quoi s’inquiéter. Des enclosures à l’influence ornitho-libérale qu’elle exerçait sur la Pac, le peu que l’on connaît de l’histoire agricole britannique n’est pas rassurant. Il faut dire que le pays doit nourrir une population égale à la France, mais avec 10 Mha de terres agricoles en moins. Pour ce faire, Albion va doucement s’appliquer à elle-même ce qu’elle préconisait à l’Europe : des règles de protection de la faune très strictes et un marché ouvert aux quatre vents, au risque de concentrer encore davantage l’agriculture britannique. À regarder l’Angleterre, on pense inévitablement aux effets d’un tel scénario en France. Sans aller jusqu’au Frexit, quid d’une sortie de la Pac ? La question est-elle taboue ? Certes, la France est le premier bénéficiaire de la Pac. Mais dans un pays autonome d’un point de vue alimentaire, historiquement protectionniste, et traditionnellement défenseur des budgets Pac, l’agriculteur français aurait-il vraiment à craindre pour ses aides et ses protections douanières ? Certes, il perdrait les effets régulateurs de la Pac (intervention sur les marchés, plafonds de soutiens…). Mais avec leur démantèlement progressif, et l’exemple du Brexit, l’agriculteur français va peut-être commencer à faire sérieusement ses calculs.

Mathieu Robert