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Vendredi 06 juillet 2018

L’agriculture, nouveau vecteur de rayonnement pour la France


Un moment oublié, vu comme un domaine rétif à la modernité et aux changements induits par la mondialisation, l’agriculture serait désormais vue comme un vecteur de rayonnement pour les acteurs français du privé, de la diplomatie ou de la recherche, à en croire les invités d’une table ronde organisée par le club Déméter le 5 juillet.


Si l’on s’en tient aux chiffres, la France paraît de plus en plus s’éloigner de la question agricole. « La France qui était un pays rural est devenue un pays urbain », note Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) en ouverture d’une table ronde organisée par le club Déméter le 5 juillet sur le thème « Quels rôles pour les acteurs français face aux défis alimentaires mondiaux ? ». Et de citer des chiffres déjà connus : les agriculteurs qui représentaient un tiers de la population il y a un siècle n’en représentent plus que 1,25 % aujourd’hui, le nombre d’exploitations agricoles a été divisé par 10…

Pourtant, selon lui, « notre agriculture n’a jamais autant été perçue comme un facteur de croissance. C’est un vecteur de puissance oublié qui est en train d’être redécouvert », estime Pascal Boniface. « Les élites ont pendant longtemps vu l’agriculture comme rétive à la modernité et au changement, comme un secteur qu’il fallait uniquement défendre à Bruxelles. Ce n’est plus le cas. On a besoin de l’agriculture en termes d’emplois mais aussi de balance commerciale. Le secteur alimentaire représente près de 10 milliards d’euros d’excédents », constate-t-il. Un secteur clé également pour la sécurité alimentaire, « une composante essentielle de la sécurité humaine ».

Des enjeux « prométhéens » en termes de recherches

Au ministère des Affaires étrangères, on estime également que les perspectives internationales mettent l’agriculture au cœur des enjeux diplomatiques ; que ce soit à travers la hausse du nombre de personnes souffrant de malnutrition (815 millions en 2016 selon la FAO), la perspective d’une planète comptant 10 milliards d’êtres humains en 2050, l’expansion des classes moyennes asiatiques et africaines, le tout dans un contexte de réchauffement climatique. « Si l’on veut agir sur les causes profondes des crises, l’agriculture est l’un des premiers domaines où l’on peut avoir un effet rapide auprès des populations », note Laurent Bili, directeur général de la mondialisation et du développement international au ministère des Affaires étrangères.

D’ailleurs, les enjeux posés en termes de recherche par les défis démographiques et climatiques des prochaines années « sont prométhéens », n’hésite pas à affirmer de son côté Philippe Mauguin, p.-d.g. de l’Inra. L’institut travaille déjà sur des recherches autour de plusieurs axes (reconception des systèmes de production dans un contexte agroécologique, agriculture avec un moindre impact sur le climat, réparation des dysfonctionnements de l’alimentation actuelle en dessinant de meilleurs régimes alimentaires…). « Notre priorité c’est de travailler de plus en plus dans les pays émergents. L’Inde, le Brésil, l’Afrique mais surtout la Chine qui va devenir le pemier acteur dans la recherche agronomique en termes de financement », rajoute Philippe Mauguin.

« Dégager une offre compétitive » au niveau européen

Des opportunités s’ouvrent également pour les acteurs économiques agricoles français, à la condition d’une volonté locale et européenne claire. « La Russie a relancé de manière spectaculaire son agriculture notamment dans le domaine des céréales. Poutine annonce que l’agriculture doit être le deuxième secteur de revenus du pays. Et les États-Unis n’ont jamais baissé la garde en matière agricole depuis les années 30 », constate Jean-Yves Foucault, président de Limagrain. Dans le même temps, l’Argentine est redevenue exportatrice de céréales et la Chine cherche à sécuriser la sécurité alimentaire de ses habitants.

Face à cela, « l’Union européenne n’a plus de volonté au niveau agricole », regrette Jean-Yves Foucault. Pour lui, la Pac doit pourtant donner « le temps et les moyens financiers » aux acteurs européens de se projeter. Même constat pour Thierry Blandinières, DG d’InVivo pour qui « il faut revenir à une dimension européenne de l’agriculture qui prend conscience des enjeux. Il faut se mettre d’accord avec des pays du nord de l’Europe ou l’Allemagne pour dégager une offre compétitive ». Quant aux Français, ils peuvent apporter à leur niveau « des partenariats bénéfiques localement. Ils sont ancrés dans leurs territoires », estime Jean-Yves Foucault, notamment à travers le système coopératif.

« L’agriculture doit apporter à chacun un bénéfice santé personnalisé » (Seventure)

Lors d’une table ronde organisée par le club Déméter sur le thème « Quels rôles pour les acteurs français face aux défis alimentaires mondiaux ? », les opérateurs ont mis en avant le rôle crucial des « microbiotes » sur le marché de l’alimentation des années à venir. « Chaque individu a un microbiote différent et va le conserver toute sa vie », détaille Isabelle de Crémoux, président du directoire de Seventure. « L’alimentation et l’agriculture doivent apporter à chacun un bénéfice santé personnalisé. C’est une segmentation de l’offre qui est majeure et il y a une compétition mondiale pour savoir qui va comprendre le plus rapidement pour ensuite développer des produits alimentaires adaptés », ajoute-t-elle alors que les scientifiques de l’Inra ont été parmi les premiers à travailler sur ces thématiques.

RO



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