Identification Abonnement

Imprimer cet articleEnvoyer à un ami
Vendredi 29 avril 2016

« L’agriculture peut faire capoter les négociations du TTIP »


Houssein Guimbard, économiste au Cepii (recherche et expertise sur l’économie mondiale), est spécialisé dans le commerce international. Il revient avec Agra Presse Hebdo sur la place et le rôle de l’agriculture dans les négociations du commerce international. Concernant le TTIP (accord de libre-échange transatlantique), l’agriculture, selon lui, peut faire basculer l’hypothétique accord entre l’Union européenne et les États-Unis.


Quelle est la place de l’agriculture dans le cadre du TTIP ?

En l’état, le commerce bilatéral entre les deux pays est relativement faible (8 % des importations agroalimentaires de l’UE proviennent des États-Unis, 13 % de l’autre côté de l’Atlantique). Une signature du TTIP pourrait entraîner une augmentation dans le secteur agroalimentaire de 60 % des exportations de l’UE vers les États-Unis et de 125 % des importations de l’UE en provenance des États-Unis, d’ici 2025. Toutefois, la valeur ajoutée dans le secteur agricole européen connaîtrait une baisse de 0.5 %. Par ailleurs, certains secteurs seraient très négativement touchés par la signature d’un accord. C’est notamment le cas du secteur de l’élevage (bovin, volaille) ou de celui des céréales.

Sur quels points agricoles spécifiques les négociateurs coincent-ils ?

Les normes sanitaires et phytosanitaires principalement. Côté européen, on craint une harmonisation à la baisse des normes, avec le bœuf aux hormones, le poulet au chlore ou encore les OGM. Mais, en attendant des conclusions scientifiques tranchées, il s’agit plus de différences de préférences collectives. Les États-Unis, eux, craignent les fromages à bactéries par exemple… Il faut donc relativiser : dans les deux pays, les normes restent assez élevées.

Dans l’affaire du bœuf aux hormones, l’agriculture était un moyen de pression des États-Unis pour faire plier l’Union européenne. Et dans le cadre du TTIP ?

C’est le cas. En dehors du mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États, les gros dossiers industriels ne posent pas de problèmes particuliers. Mais l’agriculture reste un sujet sensible dans les négociations commerciales. Elle peut être, par ses spécificités et dans certains cas, un moyen de pression substantiel pouvant stopper des négociations beaucoup plus larges, comme celles du TTIP (ou, avant cela, celles du cycle de Doha), au même titre que le règlement des différends investisseurs-État.

L’agriculture est-elle un « point faible » ou un secteur offensif de l’Union européenne dans les négociations commerciales à l’international ?

L’agriculture en Europe est un sujet important et politique. Certains secteurs agricoles sont clairement offensifs (le vin et les boissons, plus généralement). D’autres pourraient souffrir d’une ouverture à la concurrence internationale (les produits laitiers ou encore les fruits et légumes). Ce secteur peut faire capoter les négociations dans le cadre du TTIP. L’agriculture représente « peu » en termes d’emplois, mais c’est un sujet sensible car, derrière elle, se cachent d’autres enjeux : normes environnementales, gestion des territoires, sécurité alimentaire, images nationales… C’est notamment à cause de ce poids politique que dans l’affaire du bœuf aux hormones, les Américains avaient mis des droits de douane sur le roquefort, la moutarde ou le chocolat plutôt que sur les BMW. Toucher à l’agriculture peut plus rapidement créer une instabilité politique.

« Une signature du TTIP pourrait entraîner une augmentation dans le secteur agroalimentaire […] de 125 % des importations de l’UE en provenance des Etats-Unis, d’ici 2025 ».

Propos recueillis par Clio Randimbivololona