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Vendredi 03 mai 2019

L’Inra veut intégrer la biodiversité au cœur des systèmes agricoles et alimentaires


Au moment où Paris est la capitale mondiale de la biodiversité, l’Inra a présenté, lors d’une conférence de presse le 30 avril, sa vision de la biodiversité. Pour l’institut, la biodiversité est une richesse indispensable pour améliorer les systèmes agricoles, pour que les agriculteurs dépendent moins des intrants et puissent produire une alimentation plus nutritionnelle.


« La biodiversité, moteur des agroécosystèmes, est aussi au cœur de la production agricole ». Le lendemain de l’ouverture de la 7e session plénière de l’IPBES, qui se tient du 29 avril au 4 mai au siège de l’Unesco à Paris, l’Inra a voulu montrer que les connaissances sur la biodiversité sont non seulement utiles pour comprendre les phénomènes biologiques, éclairer l’action publique, mais aussi pour améliorer les systèmes de production agricole. « Les scientifiques considèrent aujourd’hui la biodiversité comme un atout dans les transitions nécessaires, en lien avec la production alimentaire, la gestion des espaces ruraux et forestiers », a indiqué Thierry Caquet, écologue et directeur scientifique « environnement » à l’Inra. Au-delà du bon sens – qui reconnaît la biodiversité comme un bien commun de la planète et comme un réservoir de ressources génétiques vital pour l’humanité –, l’Inra veut valoriser la biodiversité pour rendre les systèmes agricoles moins dépendants des intrants et leur faire produire une panoplie plus vaste de produits alimentaires riches sur le plan nutritionnel, a-t-il résumé.

Les prairies à forte biodiversité donnent des viandes plus nutritives

Sophie Prache, agronome et zootechnicienne, ingénieure de recherche à l’Inra de Clermont-Ferrand, a cité l’exemple des viandes issues des prairies composées de nombreuses espèces de plantes, "de meilleure qualité nutritionnelle que les autres". Thierry Caquet a extrapolé le même raisonnement pour les fromages fabriqués à partir des prairies aux nombreuses espèces végétales.

Les chercheurs de l’Inra intègrent la biodiversité comme élément central de la vie des écosystèmes. Ils accumulent des données sur les ravageurs et leurs prédateurs tels les carabes, ces mangeurs de limaces qui prolifèrent dans les lisières des forêts, sur l’apport des différentes plantes à la vie microbienne du sol, sur la pollinisation grâce à certaines fleurs.
 

L’importance de la biodiversité végétale sur la fertilité des sols quantifiée

Des chercheurs ont quantifié, et ainsi confirmé, l’importance du rôle de la biodiversité des plantes sur la fertilité des sols, leur capacité à retenir l’eau et à limiter l’érosion, a indiqué l’Inra. Ils ont évalué les avantages de la biodiversité en termes de composition du sol en azote, phosphore, matière organique. Une équipe internationale impliquant des chercheurs de l’Inra, du CNRS et des scientifiques espagnols a étudié le rôle de la biodiversité végétale sur la multifonctionnalité des écosystèmes terrestres.

Les chercheurs ont observé la biodiversité sur 123 sites contrastés, composés de plantes très différentes, comme la savane africaine, les déserts steppiques en Chine, la pampa en Amérique du Sud, des forêts australiennes ou encore les maquis du bassin méditerranéen et les steppes nord-africaines. Puis ils ont analysé les liens entre biodiversité et multifonctionnalité sur un ensemble d’indicateurs (fertilité, capacité de rétention en eau des sols, productivité biologique). Ces résultats ont été publiés dans la revue hebdomadaire américaine PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences).

Les services écosystémiques sont essentiels à l’humanité : production de nourriture et d’eau potable, fertilité des sols

Les chercheurs travaillent à la mise au point des cultures associées

Pour augmenter la diversité végétale en grandes cultures, l’Inra et l’Irstea (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture) travaillent, avec des agriculteurs, à la mise au point des cultures associées, qui consistent à implanter deux cultures sur la même parcelle. Par exemple, deux variétés de blé différentes ou deux espèces différentes sont semées, pour casser le parasitisme. Au moment de la récolte, les moissonneuses sont réglées de telle sorte qu’elles collectent les graines de la culture la plus hâtive, puis la seconde quelques jours après, a évoqué Nicolas Gross, chercheur de l’Inra de Clermont-Ferrand.

MN



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