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Vendredi 14 février 2020

La course aux œufs issus du sexage in ovo s’accélère


Avec deux annonces en l’espace d’une semaine – dont une émanant de Carrefour –, l’arrivée dans les rayons des œufs issus du sexage in ovo se concrétise.


Cocorette le 6 février, Carrefour le 10 : les acteurs privés se bousculent au portillon dans le secteur naissant des œufs issus du sexage in ovo. Cette technique consiste à détecter le sexe des poussins avant éclosion afin d’éviter le broyage des mâles, répondant à une forte attente en matière de bien-être animal. À partir du 1er mai, Carrefour proposera des œufs issus du sexage in ovo en partenariat avec les Fermiers de Loué, annonce un communiqué le 10 février. L’enseigne compte commercialiser sept millions d’œufs par an, produits par 30 000 poules, sous sa marque de distributeur (MDD) « Filière qualité Carrefour ». D’après l’AFP, ces œufs seront vendus 1,89 € les six (contre 1,78 € sans sexage), soit un surcoût de 1,8 centime par œuf.

Les volumes annoncés le 10 février restent modestes, comparés au milliard d’œufs vendus chaque année par Carrefour. Mais ils lui permettent surtout d’acquérir une longueur d’avance sur un marché naissant. Avec cette annonce, Carrefour devient le premier distributeur à proposer en MDD de tels produits. L’enseigne vend déjà depuis septembre 2019 les œufs de Poulehouse, qui avait été la première entreprise française à se positionner sur ce segment.

Au moins 150 000 poulettes issues de sexage in ovo chez Cocorette

L’annonce de Carrefour suit de près celle de la marque Cocorette, qui s’est dévoilée le 6 février. Se présentant comme « leader de l’œuf alternatif », l’entreprise compte proposer, au deuxième semestre 2020, des œufs produits par « plus de 150 000 poulettes issues de sexage in ovo au neuvième jour », d’après son communiqué. Un effectif que Pascal Lemaire, président du groupe nordiste, prévoit déjà de « doubler, voire tripler » en 2020, a-t-il annoncé lors d’une conférence de presse le 11 février.

Pour parvenir à déterminer le sexe des poussins dans l’oeuf, trois technologies sont actuellement disponibles : le prélèvement de liquide amniotique de la start-up allemande Seleggt, l’analyse des biomarqueurs du français Tronico et la spectrophotométrie. Carrefour a opté pour la troisième, en travaillant avec l’allemand AAT (filiale du groupe EW). D’après l’enseigne, la technique est à l’œuvre « depuis décembre 2019 pour la première fois en France ».

En matière de choix de technologie, Carrefour joue sur deux tableaux

Dans cette course technologique, la méthode Seleggt, déjà commercialisée, fait la course en tête. Mais sans disqualifier complètement la spectrophotométrie, développée en France par Tronico, avec l’appui des pouvoirs publics (via un programme de recherche de FranceAgriMer doté de plus de 4 M€). C’est d’ailleurs tout l’enjeu du consortium lancé le 13 janvier par la France et l’Allemagne : accélérer les recherches sur ces technologies. Avec l’objectif fixé par les deux gouvernements d’arrêter le broyage des poussins d’ici fin 2021.

Dans son communiqué, Carrefour s’engage à « déployer la meilleure technique de sexage in ovo sur l’ensemble des œufs à marque Carrefour, dès qu’une solution industrialisée et concertée sera trouvée et adoptée. » L’enseigne joue donc sur deux tableaux, sachant qu’elle vend les oeufs Poulehouse, utilisant la technologie Seleggt.

Tronico « ne pourra pas être prêt pour la fin 2021 »

Pour Patrick Collet, directeur général de Tronico, la méthode de Seleggt n’est pas totalement fiable : il reste 3 % de mâles parmi les œufs ainsi triés, explique-t-il dans Agri44 (presse agricole départementale). Et la technique allemande ne parvient à sexer que 20 000 œufs par semaine… là où il faudrait en traiter 20 000 par heure. Et de défendre sa technologie, basée sur l’analyse de l’ADN et « 100 % fiable », selon lui. Le problème du procédé français ? Il « ne pourra pas être prêt pour la fin 2021 », estime Patrick Collet, pour qui, à cette date, « nous aurons peut-être un premier prototype. »

De son côté, Cocorette a choisi son champion : « On va rester sur la technologie Seleggt, parce qu’elle permet une détection du sexe au neuvième jour, justifie Pascal Lemaire. La spectrophotométrie se base sur la détection de la couleur des plumes au treizième jour, alors que le poussin est déjà formé. » Les œufs du groupe Cocorette seront vendus sous les marques Cocorette et Poulehouse, les deux seuls français à détenir l’exclusivité de la technologie Seleggt « pour quelques mois », d’après M. Lemaire. « Les Allemands sont en avance, leur technologie va évoluer et les coûts vont diminuer. D’ici deux ans, elle sera accessible au commun des mortels. » En attendant, le patron de Cocorette compte bien se placer comme « précurseur ».

« D’ici deux ans, la technologie Seleggt sera accessible au commun des mortels »

YG



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