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Vendredi 29 juin 2018

Les annonces de Sébastien Le Cornu sur le photovoltaïque déçoivent le secteur agricole


Le ministère de la Transition écologique annonce un « doublement des volumes dédiés à l’agrivoltaïsme » dans ses appels d’offres, ainsi qu’une augmentation de 50 % du volume de l’appel d’offres de photovoltaïque sur toitures. Le compte n’y est pas pour l’Apepha et la FNSEA qui demandaient un tarif différencié pour les petites installations. Elles craignent que la chute des tarifs de rachat ne permette pas aux agriculteurs de tirer profit de ces annonces, et laisse le champ libre à des groupes comme EDF ou Total.


Le secrétaire d’État à la Transition écologique Sébastien Le Cornu a annoncé le 28 juin les principales conclusions du groupe de travail qu’il animait depuis plusieurs mois sur le photovoltaïque, et dont la profession agricole espérait qu’elle puisse améliorer les revenus issus de cette production qui concerne aujourd’hui 15 000 exploitations (source ministère).

Le secrétaire d’État a annoncé les trois mesures suivantes à destination du secteur agricole : « doublement des volumes d’appels d’offres pour l’agrivoltaïsme », qu’il définit comme une « synergie entre la production agricole et la production solaire » ; une augmentation de 50 % du volume de l’appel d’offres de photovoltaïque sur les toitures, dans lequel, selon le ministère, « les toits agricoles s’arrogent 50 % des volumes attribués », chiffre que conteste fermement la FNSEA ; et développement d’une communication sur l’intérêt du solaire thermique vers le milieu agricole.

Pression des gros opérateurs énergéticiens

Le compte n’y est pas pour la profession agricole. Le président de l’Apepha (agriculteurs producteurs d’énergie solaires) Pascal Chaussec dénonce un plan « dont les agriculteurs sont évincés, ce qui est un scandale car les énergies renouvelables sont vitales pour eux ».

En premier lieu, l’appui à l’agrivoltaïsme est, selon lui, une mesure prise « sous la pression des gros opérateurs énergéticiens ». Il entend par agrivoltaïsme des installations au sol disposées en champ, ce à quoi est fermement opposée la FNSEA (sauf pour des parcours d’élevages). Contacté, le ministère de la Transition écologique n’a pas apporté de définition précise du terme. Il ajoute seulement que l’agrivoltaïsme ne concerne que les « appels d’offres dédiés à l’innovation », ce qui laisse entendre que le terme exclut les installations classiques sur toitures.

« Les agriculteurs ne vont pas souscrire, ils perdront de l’argent »

Ensuite, l’Apepha et la FNSEA craignent que les agriculteurs ne profitent pas de ces mesures en raison de la baisse des tarifs, qui ne permet pas aux installations portées par des agriculteurs (de petite taille en général) de trouver de la rentabilité. À cause de cette baisse des tarifs, ils constatent une baisse des projets agricoles.

Pour les agriculteurs, le rachat de l’électricité photovoltaïque se fait selon deux régimes, rappelle l’Anepha : pour les puissances inférieures à 100 kWc (toitures de 650-700 m2), un tarif réglementé – plutôt stable – qui atteint actuellement 11,3 cts/kWh. Et pour les projets au-delà de 100 kWc, un régime d’appels d’offres publics à tarif libre – plutôt variable, qui a chuté à 8 ct/kWh.

C’est ce régime d’appel d’offres qui inquiète la profession agricole. Le tarif moyen constaté a fortement chuté lors des trois derniers appels d’offres. Sous la pression de grands groupes comme Total ou EDF qui investissent massivement le secteur, estiment les professionnels agricoles. « On se demande pour quelle rentabilité. Les nouveaux appels d’offres devraient atteindre 7,5 ct/kWh. Les agriculteurs ne vont pas souscrire car ils vont perdre de l’argent », regrette Pascal Chaussec.

La FNSEA demande donc l’instauration de tarifs de rachat différenciés pour les petites installations (moins de 250 kWc). « Si on veut garder de la production sur l’ensemble du territoire, ça ne peut pas être le même tarif pour tout le monde, plaide Olivier Dauger, responsable du dossier à la FNSEA. Dans les discours, Nicolas Hulot avait dit que l’agriculture serait incluse, mais, dans les faits, le ministère de la Transition écologique ne choisit les projets qu’en fonction des tarifs. Et les agriculteurs sont en concurrence avec de gros groupes qui font baisser les prix. »

On entend par agrivoltaïsme des installations au sol disposées en champ, ce à quoi est fermement opposée la FNSEA

De gros groupes comme Total ou EDF font baisser les prix

MR



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