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Vendredi 13 décembre 2019

Loup : 17 % de prélèvement en 2020, les éleveurs français à l’offensive


En 2020, le plafond de prélèvement de loups restera fixé à 17 % de la population. Au lendemain d’une nouvelle réunion du groupe national loup le 27 novembre, les syndicats agricoles essaient d’obtenir de nouvelles avancées.


La mesure était expérimentale, la voila prolongée pour un an. Le relèvement du plafond de prélèvement de loups, fixé à 17 % en 2019, sera maintenu en 2020. « La décision a été validée politiquement », affirme Claude Font, secrétaire général de la FNO (éleveurs ovins), à Agra Presse le 29 novembre. Le groupe national loup s’était réuni le 27 novembre pour tirer un bilan des mesures expérimentales, instaurées par un arrêté du 26 juillet 2019 (1). Outre le plafond de prélèvement, ce texte prévoyait la création d’un nouveau zonage (les « cercles zéro »), dans lesquels les éleveurs bénéficient d’un accès élargi aux tirs. La reconduction pour 2020 de ces mesures, initialement prévues pour durer jusqu’au 31 décembre 2019, aurait été annoncée lors de cette réunion.

La FNO voit dans cette prolongation un signal « plutôt positif ». Contacté par Agra Presse, le cabinet du préfet coordonnateur du plan loup a confirmé cette annonce. « L’arrêté expérimental pris en juillet 2019 sera prolongé à compter du 1er janvier 2020 le temps de l’élaboration d’un futur texte », indiquent les autorités. Et de préciser que ce nouveau texte « s’appuiera sur le bilan de l’année 2019 et sur l’évaluation des effectifs de la population de loups ». Ce bilan pourrait intervenir à la fin de l’été 2020, estime la FNO. Un calendrier qui permettrait d’analyser l’impact des mesures sur une campagne entière – et non partielle comme en 2019.

« On va finir l’année à 12 000 brebis tuées »

C’est Emmanuel Macron en personne qui avait annoncé, en mars 2018, le relèvement du plafond de prélèvement de loups. Il est passé de 10 à 17 % pour faire face à la croissance des effectifs de canidés et à la hausse des dégâts sur les troupeaux. La population de Canis lupus est estimée autour de 500 individus en France. Selon le dernier bilan officiel au 5 décembre (non publié), 11 249 animaux ont été victimes du prédateur. « On va finir l’année à 12 000 brebis tuées par le loup », prédit M. Font. Ce niveau de dégâts est comparable à 2018, alors que deux fois plus de loups ont été « détruits » (96 au 27 novembre 2019 contre 47 pour toute l’année 2018). Un chiffre synonyme, selon la FNO, d’une « hausse de la pression de prédation ».

Alors qu’une nouvelle période de négociations s’ouvre avec les pouvoirs publics, le syndicat ovin remet sur la table plusieurs de ses propositions. Première d’entre elles : la révision des critères de définition des « cercles zéro ». Pour y être inclus et ainsi bénéficier de l’accès aux tirs de défense mixte, une commune ou partie de commune doit pouvoir justifier de quinze attaques en trois ans. Un seuil qui vise à couvrir 30 % des éleveurs prédatés pour 45 % des dommages au niveau national. « Avec ces critères, une seule commune des Hautes-Alpes est éligible », déplore Théo Gning, juriste à la FNO. Le syndicat veut des critères élargis, afin que « toute la zone Paca soit incluse ».

Un groupe de travail sur les pertes indirectes

La FNO a aussi obtenu l’ouverture d’un groupe de travail sur la réévaluation des indemnisations des pertes indirectes, qui sera lancé fin 2019 ou début 2020. Et elle compte bien rouvrir un certain nombre de dossiers précédemment refermés. La FNO demande ainsi des avances de trésorerie « à hauteur de 80 % » pour l’accès aux moyens de protection. « Aujourd’hui, les éleveurs paient, puis se font rembourser, explique Théo Gning. Mais des retards dans les versements des aides depuis 2015 pénalisent les producteurs, notamment pour le paiement des salaires des bergers. »

La branche ovine de la FNSEA demande aussi que les éleveurs prédatés bénéficient automatiquement d’une dérogation pour toucher les aides ovines même s’ils n’atteignent pas la productivité minimale requise (0,5 agneau par brebis). Dernière demande de la FNO : qu’un contrat d’aide aux moyens de protection ouvre automatiquement un accès aux tirs, afin de ne pas avoir à déposer un nouveau dossier en cas d’attaque.

La CR s’active au niveau européen

De son côté, la Coordination rurale a lancé une initiative auprès du Conseil de l’Europe, l’institution à l’origine de la convention de Berne. Dans un courrier, la CR lui demande « d’exclure le loup de l’annexe II de la convention », qui lui confère son statut d'« animal strictement protégé ». Le comité permanent de la convention de Berne devait se réunir du 3 au 6 décembre. Le loup n’était pas au menu des échanges, même si, d’après le syndicat, le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume « s’était engagé à faire figurer ce point à l’ordre du jour ».

Le niveau actuel de prélèvements de loup ne « suffi [t] pas à limiter la population de ces prédateurs qui pourrait doubler dans les quatre à cinq ans à venir », estime la CR, qui s’appuie sur un récent rapport du CGAAER et du CGEDD. Cette étude « classe la France parmi les mauvais élèves de l’Europe au niveau des dommages, du coût public de la protection et du montant des indemnisations », assure le syndicat. Ses auteurs estiment « qu’il serait utile de viser parallèlement la réévaluation du positionnement du loup comme espèce protégée ».

(1) Voir n°3704 du 05/08/2019

Autant de brebis tuées qu’en 2018, alors que deux fois plus de loups ont été « détruits »

La population de loups « pourrait doubler dans les quatre à cinq ans à venir »

Vers de nouvelles méthodes de calcul de la population de loups

Comment calculer avec certitude le nombre de loups présents en France ? Cette question, qui était à l’ordre du jour du groupe national loup du 27 novembre, est moins anodine qu’elle n’y paraît. « L’effectif de loups est la clé de voûte du plan loup », rappelle Claude Font, secrétaire général de la FNO (éleveurs ovins). Le plafond de prélèvement est ainsi fixé à 17 % de l’effectif moyen (+2 % si le plafond est atteint avant la fin de l’année). Mais le loup a récemment conquis de nouveaux territoires et occupe désormais « une cinquantaine de départements au lieu d’une quarantaine », explique Claude Font. Cette extension « remet en cause le logiciel de calcul de la population de loups en France ». « Aujourd’hui, on arrive à calculer l’effectif de loups avec un écart-type de +/-10 %, poursuit-il. Cette précision pourrait diminuer avec l’extension du territoire du loup. D’où la nécessité d’expérimenter de nouvelles méthodes, notamment américaines."

YG