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Vendredi 15 juin 2018

Pac : subsidiarité et budget au cœur des débats


La latitude à donner aux États et le budget de la future politique agricole commune étaient au cœur des échanges entre représentants de différents pays européens lors de l’assemblée générale du think-tank Saf Agridées jeudi 14 juin.


Pour qui voulait avoir un petit aperçu des réactions européennes aux propositions de la réforme de la Pac formulées le 1er juin par Phil Hogan, l’assemblée générale du think-tank Saf Agridées jeudi 14 juin était une bonne entrée en matière. Ce dernier avait invité des représentants de plusieurs pays européens à donner leurs impressions sur les propositions du commissaire européen à l’agriculture en matière politique mais aussi sur les perspectives budgétaires, le tout en présence de Pierre Bascou, directeur pour la durabilité et l’aide au revenu à la DG Agri. Dès le début, c’est le principe d’une plus forte subsidiarité qui a provoqué le plus de débats. « Une longue liste d’obligations communes à tous les agriculteurs en Europe n’est pas de notre point de vue la meilleure solution, a ainsi défendu Robert Baayen, chargé de la Pac au ministère de l’agriculture néerlandais. Il faut donc donner plus de latitudes aux États membres avec plus de subsidiarité dans la détermination des politiques mais aussi dans le contrôle de ces politiques. »

La Commission « garde le dernier mot sur la cohérence de l’ensemble »

Dans le cas italien, marqué par des agricultures très différentes selon les zones, « le risque est la structure administrative dans laquelle nous sommes. Nous avons 21 régions avec 21 plans de développement qui ne fonctionnent déjà pas tous bien », a rappelé Paolo Di Stefano, représentant de la confédération nationale Coldiretti à Bruxelles. Et cela même si la responsabilité de la Commission européenne reste « très importante puisqu’elle donne plus de subsidiarité mais se garde le dernier mot sur la cohérence de l’ensemble », a-t-il jugé. Quant à l’Allemagne, les 16 landers sont « en train d’analyser avec le secteur » ce qu’a proposé la Commission, a rapporté Esther Winterhoff, première secrétaire de la représentation permanente de l’Allemagne auprès de l’Union. « Mais on aimerait bien savoir comment les plans stratégiques nationaux vont se traduire par de la simplification », a-t-elle estimé, alors que l’Allemagne se caractérise par une forte convergence des aides au niveau interne. Autre point important pour elle, « que la Pac ne se détourne pas d’une orientation vers le marché ».

« Les coupes pourraient être encore plus importantes »

La nature et les conditions des aides ont également provoqué des discussions. « Des aides Pac plus ciblées vers les enjeux climatiques et environnementaux, disponibles pour les agriculteurs et les groupements d’agriculteurs, seraient plus efficaces qu’en mettant un niveau supplémentaire de conditionnalité », a assuré le Néerlandais Robert Baayen. « Les agriculteurs ont besoin d’un modèle profitable et non pas punitif », a-t-il rajouté. Pour l’agriculture roumaine, marqué par de fortes disparités entre de très grandes exploitations et des propriétés plus petites, c’est le projet de plafonnement des subventions qui pose problème. « Cela va détruire la compétitivité des grandes entreprises roumaines agricoles grâce auxquelles la Roumanie est devenue le 3e exportateur de céréales en Europe », a défendu Florentina Voicu, ministre plénipotentiaire à l’ambassade de Roumanie à Paris.

Quant au budget, la plupart se montrent plutôt inquiets, jugeant que les coupes pourraient être encore plus importantes qu’annoncé. « Nous raisonnons aujourd’hui avec des coupes basées sur une proposition de la Commission qui augmente le budget général de l’Union. C’est loin d’être certain. Les coupes pourraient être encore plus importantes », a plaidé Paolo Di Stefano. Des propositions budgétaires qui inquiètent également en Allemagne. « Si on prend le cadre financier de la Commission, l’Allemagne devra payer 50 % de plus que maintenant. C’est un fort motif d’inquiétude », relève Esther Winterhoff.

« Les agriculteurs ont besoin d’un modèle profitable et non pas punitif »

« L’Allemagne devra payer 50 % de plus que maintenant. C’est un fort motif d’inquiétude »

RO



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