Identification Abonnement

Imprimer cet articleEnvoyer à un ami
Vendredi 08 février 2019

Porc bio : le leader segmente sa production


À l’occasion de ses dix ans, le premier groupement de producteurs bio de France, Bio Direct, a annoncé la segmentation de son offre. Une manière de se différencier sur un marché où la croissance de la production s’accélère, faisant planer le risque de la surproduction.


Le groupement de producteurs Bio Direct, dont le siège se situe à la Gravelle (Mayenne), leader français avec cent éleveurs et 44 000 porcs produits a annoncé le 5 février le lancement cette année de deux nouvelles productions qui s’ajoutent au cahier des charges AB, plus contraignant ici que le seul référentiel européen. L’une concerne des porcs bio mâles entiers, l’autre des porcs dits « santé » bénéficiant d’une alimentation spécifique (graine de lin, antioxydants, etc.). Si cette dernière segmentation ne pose aucun souci dans la mesure où elle résulte d’une alimentation spécifique, la première paraît plus sensible.

La non-castration augmente le risque d’odeurs sexuelles dans la viande et requiert, parmi d’autres mesures, un abattage précoce. Ce qui est difficile en bio où l’âge d’abattage est plus tardif qu’en conventionnel. Il faut en outre disposer d’équipements humains ou techniques dédiés sur les chaînes d’abattage (les « nez humains ») pour détecter les caracasses odorantes et les sortir du circuit. Des équipements « qui n’existent pas encore sur la chaîne d’abattage Charal de Sable-sur-Sarthe chez qui nous faisons abattre nos porcs depuis l’année dernière », explique le président de Bio Direct, Antoine Foret.

« Rester leader sur le marché »

Bio Direct ne donne aucune information chiffrée sur le poids que pourraient représenter ces nouveaux segments. Ce qui est sûr en revanche, c’est que cette segmentation doit permettre au groupement « de rester leader du marché et de continuer à le pousser vers le haut », poursuit Antoine Foret. Grâce à un partenaire commercial de choix rencontré dès ses débuts, Biocoop, Bio Direct a investi dans deux ateliers de salaisons, SBV et CAPG (une soixantaine de salariés) rachetés en Bretagne en 2009 et 2012. Il y transforme 40 % de sa production qu’il écoule non pas en grande distribution mais uniquement dans des magasins spécialisés, dont Biocoop.

Stimulés par cette organisation qui génère un prix payé au producteur autour de 3,75 euro du kilo de carcasse, cent éleveurs adhèrent aujourd’hui au groupement. « Nous devrions être cent vingt en 2020 pour une production de 60 000 porcs dans l’année environ », poursuit Antoine Foret. Cependant la croissance de la production de porcs bio en France n’est pas du seul fait de Bio Direct. Le marché voit arriver de nombreux nouveaux opérateurs. « La production se développait de 5-6 % l’an en 2017 (10 000 truies, 115 000 porcins abattus), elle a progressé de 30 % en 2018 et devrait gagner encore 30 % cette année », explique Jean-François Deglorie, animateur de Forebio, fédération des organisations économiques du bio en France.

Antoine Foret observe que les stocks de viande de porc bio congelée augmentent dans l’Union européenne. « Nous produisons de plus en plus de porcs dont nous importions la viande jusqu’à présent », poursuit-il. Il estime, lui, que la production pourrait doubler en France entre 2018 et 2020. Aussi estime-t-il possible de voir surgir une surproduction. Jean-François Deglorie précise que c’est « dans les prochains mois qu’on va connaître le vrai niveau de la demande en France ».

La production a progressé de 30 % en 2018

Franck Jourdain



Téléchargement