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Lundi 21 janvier 2013 | produits phytosanitaires

Pour l’Efsa, les néonicotinoïdes présentent un risque pour les abeilles


L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a rendu, le 16 janvier, un avis inquiétant concernant l’impact de trois insecticides néonicotinoïdes (imidaclopride, clothianidine et thiaméthoxame) sur la santé des abeilles. Ces recherches réalisées à la demande de la Commission européenne pourraient conduire à l’interdiction de l’utilisation de ces produits sur les cultures attractives pour les abeilles comme le colza, le maïs ou le tournesol.


Dans un avis a rendu le 16 janvier, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) estime que l’utilisation des insecticides néonicotinoïdes que sont le thiaméthoxame (molécule active du Cruiser), la clothianidine (Poncho) et l’imidaclopride (Gaucho) utilisés en granulés ou en traitement de semence des cultures attractives pour les abeilles est inquiétante. La Commission européenne, qui a commandé cette évaluation à l’Efsa, pourrait décider d’interdire l’utilisation des néonicotinoïdes sur des cultures comme le colza, le tournesol et le maïs. Pour les céréales à paille, la betterave ou la pomme de terre, l’utilisation de ces molécules est considérée comme un risque faible d’intoxication des butineuses. Mais les experts de l’Efsa soulignent qu’ils manquent de données pour réaliser une évaluation complète des risques de ces molécules actives. Les experts des États membres pourront en débattre le 31 janvier prochain, la Commission européenne ayant inscrit le sujet à l’ordre du jour de la prochaine réunion du comité permanent de la chaine alimentaire et de la santé animale. La France, mais aussi l’Italie et l’Allemagne, ont déjà interdit ces molécules pour certains usages (notamment sur les cultures butinées par les abeilles). Les deux entreprises fabriquant ces insecticides, Bayer cropscience et Syngenta, ont jusqu’au 25 janvier pour apporter des réponses à la Commission européenne. « Nous sommes convaincus que les nouvelles conclusions de l’Efsa ne changent rien à la qualité et à la validité » de l’évaluation des risques qui a été faite pour ces produits, a déjà répondu le groupe Bayer Cropscience dans un communiqué.

Des risques identifiés

L’évaluations des risques de l’Efsa a été menée sur trois voies d’exposition principales : les résidus dans le nectar et le pollen des fleurs traitées, l’exposition à la poussière dégagée lors du semis des graines enrobées ou de l’application de granulés et l’exposition aux résidus contenus dans les gouttelettes d’eau produites par les plantes traitées (phénomène de guttation). Ces trois modes d’exposition se sont révélés dangereux pour les abeilles. Concernant l’exposition par le pollen et le nectar, « des risques aigus ont été identifiés pour l’utilisation de la clothianidine et de l’imidaclopride sur certaines cultures qui attirent les abeilles. L’évaluation des risques pour le thiamethoxame n’a pas pu être finalisée en raison de données insuffisantes », indique l’Efsa dans ses conclusions. Les poussières dégagées lors des semis peuvent aussi s’avérer toxiques (« un risque pour les abeilles a été signalé ou n’a pas pu être exclu », note l’Efsa) sauf pour les betteraves sucrières, les cultures sous serre et certains granulés. Le phénomène de guttation peut lui aussi se révéler nocif. Des résidus de produits phytosanitaires pouvant se retrouver dans ces gouttes d’eau que les abeilles boivent. L’Efsa n’a pu finaliser qu’une seule évaluation dans ce domaine, celle du maïs traité avec du thiaméthoxame. «  Dans ce cas, les études sur le terrain démontrent un effet aigu sur les abeilles exposées à la substance par la voie de la guttation », constate l’agence.

Réviser les procédures d’autorisation

En dehors de ces points précis, les experts de l’Efsa n’ont pas été en mesure d’achever l’évaluation des risques de toutes les utilisations autorisées dans l’UE. De plus, ils notent un certain nombre de lacunes dans les données et appellent à procéder à « des évaluations plus approfondies des risques potentiels associés à la clothianidine, à l’imidaclopride et au thiaméthoxame pour les abeilles ». Et, pour les autres pollinisateurs, les données sont encore plus rares. Les risques potentiels pour ces insectes devront donc être mieux évalués dans le futur, prévient l’Efsa. Déjà au mois de mai 2012, l’Efsa avait souligné dans un avis que les procédures préalables à l’autorisation de mise sur le marché des produits phytosanitaires pour évaluer leur impact sur les abeilles étaient insuffisantes, notamment en ce qui concerne les insecticides néonicotinoïdes (1). Tous ces éléments devraient être pris en compte dans le document d’orientation final sur l’évaluation des risques associés aux produits phytopharmaceutiques pour les abeilles qui est toujours en cours d’élaboration au sein du groupe scientifique de l’Efsa sur les produits phytopharmaceutiques et leurs résidus.

Manque de données

Les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) ont demandé à la Commission européenne de tenir compte de toutes les données de surveillance disponibles, notamment celles qui n’ont pas été retenues dans le rapport de l’Efsa, avant de prendre une décision visant à limiter l’usage des néonicotinoïdes. Le Copa-Cogeca rappelle qu’il est nécessaire d’assurer une protection suffisante des cultures pour répondre aux besoins alimentaires croissants (2). L’Association européenne de la protection des plantes va dans le même sens : « Limiter l’usage des néonicotinoïdes, sur la base des risques potentiels, ne fera rien pour améliorer la santé des abeilles, par contre cela ferait d’énormes dégâts à la production agricole et alimentaire en Europe ». « Le rapport de l’Efsa se base sur des données théoriques de risque potentiel pour les abeilles et souligne un nombre important de données manquantes. De plus les exigences pour tenir compte de ces informations n’existaient pas au moment de la mise sur le marchés des molécules visées », souligne l’Association européenne de semences dans un communiqué.
Le ministre de l’agriculture français, Stéphane Le Foll s’est dit satisfait de la réactivité de la Commission sur ce dossier et demandera que des mesures appropriées soient prises rapidement et mises en œuvre dans les meilleurs délais.

(1) Voir n° 3352 du 28/05/2012
(2) Voir encadré
(FXS, AG)