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Vendredi 27 avril 2018

Réintroduction de l’ours dans le Béarn : les éleveurs « repartent au combat »


Le ministre de l’Écologie Nicolas Hulot a annoncé la réintroduction à l’automne de deux ourses dans le Béarn. Cette annonce ne fait pas l’unanimité pour les éleveurs qui s’organisent et « repartent au combat » ; ils pointent notamment du doigt la situation « catastrophique » du département voisin, l’Ariège où les populations d’ours sont en augmentation et les éleveurs vivent mal leur présence. Une première manifestation aura lieu le 30 avril.


Fin mars, Nicolas Hulot a annoncé, dans un communiqué de presse, « ne pas pouvoir se résoudre à voir disparaître l’ours brun des Pyrénées » et souhaite réintroduire deux ourses dans Pyrénées-Atlantiques car « sans intervention de l’État, cela signifie à terme la disparition de l’ours dans ce territoire ». Ainsi, le ministre de l’Écologie a demandé au préfet du département de mener un « dialogue pour établir une feuille de route » ; dialogue que les éleveurs ont prévu de boycotter.

Contacté par Agra Presse, Olivier Maurin, porte-parole du collectif des éleveurs transhumants des vallées béarnaises et souletines, refuse « catégoriquement » la négociation. En effet, pour lui, les expériences ont montré que la « cohabitation était impossible » entre ours et pastoralisme.

Portée par l’ensemble des syndicats agricoles locaux (FDSEA 64, JA 64 et la confédération paysanne ELB) ainsi que par de nombreuses associations locales, une manifestation est organisée face à la préfecture le 30 avril à Pau. Les éleveurs souhaitent « rendre visible le caractère inacceptable » de la décision de réintroduction de deux ourses. De plus, le collectif organisera une série de cinq débats en présence « d’autorités scientifiques, intellectuelles, institutionnelles » pour que la population pyrénéenne « mesure en conscience les conséquences désastreuses qu’engendrera l’introduction de prédateurs ».

Une situation ariégeoise catastrophique

Olivier Maurin prévient : « Sur le terrain il y a de la colère, des actions de débordement et de la violence » sont à prévoir. De plus, le « combat » des éleveurs béarnais ne s’arrête pas à l’abandon de cette réintroduction. Pour lui, le ministre minimise la situation que connaît le département voisin, l’Ariège où, selon le communiqué du ministère, « la population d’ours est en légère augmentation après être passée au bord de l’extinction ». De leur côté, les éleveurs jugent la situation ariégeoise « catastrophique » et craignent l’arrivée des ours dans les départements limitrophes. Selon leur porte-parole, « il faut enrayer le problème ariégeois où l’on observe quelque dix naissances par an » et où les éleveurs arrêtent leur activité du fait de la prédation. Le collectif demande donc des mesures pour éviter la colonisation de l’ours vers l’ouest.

Convergence avec le loup

La coïncidence de calendrier avec la mise en place du plan loup 2018-2023 associé au rapport du Sénat qui « vise à susciter une prise de conscience de la désespérance du monde pastoral » n’est pas sans poser des interrogations sur une éventuelle convergence des oppositions aux grands prédateurs. De ce côté, Olivier Maurin assure que « les combats vont s’associer dans les mois à venir ».

La population pyrénéenne doit « mesurer en conscience les conséquences désastreuses qu’engendrera l’introduction de prédateurs ».

Derrière la réintroduction de l’ours, les éleveurs pointent des enjeux financiers et électoraux

Le collectif des éleveurs transhumants des vallées béarnaises et souletines s’interroge sur un possible intérêt financier de l’État dans la réintroduction de prédateurs. « La réintroduction d’un prédateur rapporte de l’argent à l’État », estime Olivier Maurin, porte-parole. Dans les faits, ces projets sont cofinancés par l’Union européenne par le biais du programme Life et les montants alloués peuvent être relativement importants. Ainsi, pour la réintroduction de l’ours Goliat dans les Pyrénées catalanes, le budget de 2,5 millions d’euros a été financé par l’Union européenne à hauteur de 1,8 million d’euros. Enfin, pour l’éleveur, « les élus du Béarn et du Pays-Basque marchent sur des œufs et ont du mal à se mettre en avant sur ce sujet qui fracture ». Selon lui, l’opinion publique est plutôt favorable à la « propagande pro-ours » et les élus auraient un intérêt électoral à ne pas prendre position sur le sujet.

AJ



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