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Vendredi 30 mars 2018

UE/Mercosur : audit d’eurodéputés sur le secteur brésilien de la viande sur fond de négociations commerciales


Une délégation de onze députés de la commission de l’agriculture du Parlement européen effectue début avril une mission au Brésil pour vérifier que les informations fournies par les services de la Commission de Bruxelles sur le système de production et de contrôle du secteur de la viande dans ce pays, à l’origine de scandales sanitaires, « correspondent bien à la réalité ». En toile de fond : les négociations de libre-échange en cours entre l’UE et le Mercosur.


Avant la constitution éventuelle d’une commission d’enquête ou spéciale du Parlement européen, une délégation d’eurodéputés de la commission de l’agriculture effectue du 2 au 6 avril une visite au Brésil pour s’entretenir avec les autorités de ce pays, dont le ministre de l’agriculture Blairo Maggi, de la situation sanitaire du secteur de la viande, qui a connu de retentissants scandales, et pour visiter un abattoir et des élevages de bovins dans l’État du Mato Grosso (1).

Brasilia a démantelé en mars 2017 un système de corruption au sein des services publics ayant donné lieu à l’exportation de viande bovine avariée (2) et un an plus tard un système de corruption au sein des laboratoires de contrôles brésiliens visant à falsifier les résultats des analyses en viande de volaille (3).

Vérifier les informations fournies par les services de la Commission

L’objectif de l’audit parlementaire est de vérifier sur place que les informations fournies en la matière par les services de la Commission de Bruxelles chargés de la sécurité alimentaire « correspondent bien à la réalité », a expliqué à Agra l’un des membres de cette mission, Michel Dantin. Des services qui sont, selon lui, « sous pression » de ceux chargés du commerce et « pas très à l’aise », alors que se poursuivent tant bien que mal les négociations de libre-échange entre l’UE et le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay) (voir encadré).

Les eurodéputés participant à cet audit sont : Czesław Adam Siekierski (PPE, Pologne), Michel Dantin (PPE, France), Sofia Ribeiro (PPE, Portugal), Eric Andrieu (S & D, France), Ricardo Serrao Santos (S & D, Portugal), James Nicholson (ECR, Royaume-Uni), Ulrike Müller (ALDE, Allemagne), Martin Häusling (Verts, Allemagne), Marias Lidia Senra Rodriguez (GUE, Espagne), Marco Zullo (EFDD, Italie) et Jacques Colombier (ENF, France).

Volaille : l’industrie européenne demande le renforcement des contrôles

L’Association européenne de l’aviculture, de l’industrie et du commerce de volailles (a.v.e.c.) a demandé le 16 mars à la Commission européenne l’instauration d’inspections renforcées sur les importations de viande de volaille originaire du Brésil, après l’annonce de nouveaux cas de fraude dans ce pays impliquant cette fois-ci le géant du secteur BRF, dont les exportations vers l’UE ont été suspendues par le ministère brésilien de l’agriculture. Elle réclame l’échantillonnage et le test de tous les containers en provenance de ce pays, à la charge de l’importateur, ainsi que la vérification des résidus d’antibiotiques, du contenu en eau et de l’utilisation éventuelle de substances chimiques pour la décontamination des carcasses.

« Le nouveau scandale qui a éclaté ces derniers jours confirme notre scepticisme, à savoir que les mesures suffisantes n’ont pas été prises par les autorités brésiliennes pour assurer la conformité avec les exigences de sécurité alimentaire, en particulier pour les préparations de viande de volaille », souligne l’association professionnelle dans une lettre adressée aux services de la Commission.

Elle réclame également un renforcement des tests sur la viande de volaille importée d’autres partenaires commerciaux tels que la Thaïlande et l’Ukraine.

(1) et (3) Voir n° 3635 12/03/18

(2) Voir n° 3588 du 27/03/17

« Conclure dans les semaines ou mois à venir »

Une nouvelle session des négociations de libre-échange entre l’UE et le Mercosur pourrait se tenir du 16 au 20 avril à Bruxelles. « Nous ne faisons pas de compromis sur le contenu (d’un accord) pour aller vite, mais nous progressons et j’espère qu’il sera possible de conclure très prochainement, dans les semaines ou mois à venir », a assuré Cecilia Malmström le 22 mars devant la commission du commerce international du Parlement européen. « Nous sommes conscients des sensibilités dans le secteur agricole. Nous ne libéralisons pas tout le secteur agricole, nous travaillons avec des quotas. Nous savons qu’il y a des lignes rouges dans certains pays. Nous travaillons en étroite collaboration avec eux », a également affirmé la commissaire européenne au commerce.

« Nous avons aussi beaucoup d’intérêts offensifs dans le secteur agricole, dans le vin, les produits laitiers, d’autres types de boissons, les aliments transformés, le chocolat. Et la possibilité d’avoir accès à un marché de 260 millions de personnes dans les services et les marchés publics est énorme », a-t-elle toutefois poursuivi.

« C’est peut-être l’accord le plus important que nous n’ayons jamais conclu, huit fois plus important que l’accord avec le Canada, si l’on considère les droits de douane », a ajouté Cecilia Malmström.

Dans les conclusions de leur réunion du 22 mars à Bruxelles, les chefs d’État et de gouvernement de l’UE ont exprimé « le souhait que des progrès soient réalisés dans toutes les négociations menées actuellement en vue de la conclusion d’accords de libre-échange ambitieux et équilibrés, en particulier avec le Mexique et le Mercosur ».

FXS