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Vendredi 04 décembre 2020

Viande in-vitro et NBT


Il y avait bien des façons de critiquer la viande in-vitro. Julien Denormandie aurait pu arguer du manque de recul sur son innocuité sanitaire ou la véracité des allégations environnementales des start-up. Au pire, il aurait pu invoquer la défense d’une exception gastronomique française. Ou bien mettre en avant le risque de déstabilisation des filières, comme on le fait habituellement dans le cadre des négociations d’accords de libre-échange. Non, Julien Denormandie a choisi un argument bien de son temps : prôner la supériorité du naturel (l'élevage) face à l’artificiel (l'in-vitro). Il faut l’en dissuader vivement car la nature est un concept glissant – inexistant, disent certains philosophes. Choisir cette voie, c’est souvent s’empêtrer dans des controverses absconses, verser au mieux dans le romantisme, au pire dans l'obscurantisme. Quand la Confédération paysanne arguera que les NBT – que le ministre semble défendre – ne sont pas naturelles, qu'aura-t-il à répondre? Que le ciseau moléculaire d'Emmanuelle Charpentier est plus naturel que la boite de pétri de Mark Post ? Bon courage ! En 2020, après plusieurs décennies d’explosion du bio, recourir à l’argument du naturel est certes tentant, électoralement. Sauf que le développement du bio est le résultat d’une panique populaire face à l’absence de bonne science, face à l'avarie des pouvoirs publics. En bref, c'est une erreur à ne pas reproduire. Il se trouve que dans le cas de la viande in-vitro, nous avons encore largement le temps de faire science, profitons en.

Mathieu Robert



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