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Vendredi 03 mai 2019

Apprentis sorciers


Quand j'ai démarré ma carrière dans les années 90 en tant que conseillère dans une chambre d'agriculture, j'ai été confrontée très vite à des pratiques peu orthodoxes des agriculteurs. La mode était aux réductions de doses et aux mélanges de produits phyto, mais surtout aux ajouts de diverses substances censées aider à la pénétration des matières actives dans le feuillage. Produit de vaisselle, eau de javel... n'importe quoi. Des "pseudo-conseillers" aux allures de gourous distillaient leurs solutions "secrètes" contre rémunération. Puis, grâce à l'évolution de la réglementation et à une sensibilisation des agriculteurs aux questions environnementales, tout cela a disparu.

Ce sont désormais les particuliers qui jouent aux apprentis sorciers. Et les gourous, ce sont internet et les réseaux sociaux. Depuis l'interdiction du glyphosate, les recettes pour de "désherbants naturels" font le buzz. Vinaigre blanc ménager (acide acétique), gro sel, sel d'Epsom (sulfate de magnésium), savon ou produit de vaisselle, mais aussi eau de javel (hypochlorite de sodium) et même vodka ! Certes, il s'agit de produits familiers, mais quelle biodiversité reste-t-il dans les sols après de tels traitements ? Dans quel état sont les vers de terre et les carabes ? En quoi ces solutions sont écologiques ? Pourquoi des sociétés de jardinerie qui ont pignon sur rue ont le droit de donner de tels conseils ?

De nombreux jardiniers amateurs, si prompts à donner des leçons aux agriculteurs, sont les premiers à faire n'importe quoi dès que leur propre confort est perturbé... par des mauvaises herbes dans leurs allées.

Nicole Ouvrard, Directrice des rédactions



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