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Vendredi 13 décembre 2019

Argentine : un ministre défenseur de la cause paysanne


Le nouveau président argentin a nommé comme ministre de l’Agriculture un défenseur de la cause paysanne. Mais la préoccupation majeure du secteur agricole porte sur les taxes à l’exportation dont la hausse attendue dépendra de la politique macro-économique du nouveau chef de l’État qui doit renégocier la dette de son pays auprès du FMI.


Le président de la République argentine, Alberto Fernández, a pris ses fonctions le 10 décembre. Il a nommé ministre de l’Agriculture Luis Basterra, un agronome de 61 ans, péroniste de gauche, végétarien et défenseur de la cause paysanne sur laquelle il a forgé sa carrière politique.

Luis Basterra a été ministre de l’Agriculture de la province de Formosa, puis vice-président de l’Institut national de technologie agricole (INTA) et député au Parlement, depuis 2011, où il a présidé la Commission Agriculture et élevage. Fin connaisseur de dossiers tels que le droit de propriété intellectuelle sur l’obtention des végétaux et l’assurance-récolte, il ne rassure pas pour autant les syndicalistes du secteur car il est issu du « kirchnerisme » (du nom de Cristina F. Kirchner, élue vice-présidente aux côtés de Fernández), l’aile du péronisme la plus intransigeante envers les grands exploitants agricoles.

Le sort de la taxe sur les exportations, qui dépend du ministère de l’Économie, préoccupe les syndicats agricoles, tels que la CRA [1] et la SRA [2]. Le niveau de cette taxe, de 28% sur le soja, mais de 6% sur celles de maïs et de blé et de 5% sur celles de bœuf, pourrait être relevé de façon imminente, ceci pour des impératifs budgétaires alors que l’Argentine doit renégocier le paiement de sa dette auprès du FMI.

Des agriculteurs sur le pied-de-guerre

Lors de son discours d’investiture prononcé au Parlement, le 10 décembre, Alberto Fernández a condamné le fait que « quinze millions d’Argentins sont en situation d’insécurité alimentaire dans un pays grand exportateur d’aliments » ; et il a dit que « le coopérativisme et l’agriculture familiale seront des acteurs centraux des politiques publiques ».

Il a annoncé, sans les préciser, « une série de mesures pour rétablir les indispensables équilibres macro-économiques et sociaux » et a annoncé un « ensemble d’accords basiques de solidarité dans l’urgence », que d’aucuns ont interprété comme une référence aux taxes à l’exportation.

Pour le journal argentin La Nación, le niveau de la taxe pourrait être segmenté selon les produits en fonction de leur valeur ajoutée, suivant là un concept d‘ « échelonnement industriel exportateur » qui serait en vogue au sein de l’équipe économique du président. Les matières premières, comme les grains, seraient ainsi grevées d’un plus lourd tribut à la douane que les produits transformés, comme les farines et les biocarburants, ou les aliments tels que les pâtes ou les fromages.

Luis Basterra a maintes fois vanté les mérites des taxes à l’export pour diversifier la production agricole (« Sans les taxes sur le soja, le phénomène de monoculture n’aurait pas été freiné », a-t-il dit) et pour stimuler la création de valeur ajoutée, ceci par leur effet baissier sur le cours local des grains par rapport aux cours mondiaux, ceci au bénéfice des industriels de la viande mais au détriment des céréaliers.

« Partout en province, des agriculteurs sont sur le pied de guerre, prêts à protester contre les taxes à l’export, ce qu’Alberto Fernández préférerait éviter au tout début de son mandat », espère Serge Listello, un agriculteur français installé au Chaco, au nord de l’Argentine.

[1] Confédération rurale argentine.

[2] Société rurale argentine.

Par notre correspondant Marc-Henry André