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Vendredi 24 mai 2019

Bifteck de pétrole


Il est très risqué de parier contre le progrès technologique. Prenons le cas de la viande in vitro. Aujourd’hui, tout porte à croire que les Français, même végétariens, la rejetteront, car, plus qu’ailleurs, nos concitoyens semblent se méfier des technologies dès lors qu’elles approchent trop près de leurs assiettes. Mais ne parions pas trop vite. Prenons un précédent, et le plus farfelu : le « bifteck de pétrole ». Dans un ouvrage paru en 1968, recensé par le journaliste Nicolas Chevassus-au-Louis, l’écrivain Jacques Bergier retraçait la folle aventure d’un ingénieur français de chez BP, qui s’était lancé à la fin des années 50 dans la fabrication d’une alimentation animale à base de pétrole ; oui, de pétrole, ou plus précisément, à partir de levures nourries avec de la parafine issue de pétrole. De cette aventure, qui a rapidement avorté, on pourrait se moquer facilement car, enfin, au grand jamais, aucun Français ne voudrait manger de ce « bifteck de pétrole » ! Mais remarquons une chose : la méthionine, un acide aminé utilisé en alimentation animale est encore aujourd’hui issu de l’industrie pétrochimique. Et la plupart des autres acides aminés le sont à partir de levures – nourries de betteraves ou de canne à sucre. En somme, si le « bifteck de pétrole » a été un échec commercial, les technologies qui se cachaient derrière lui ont survécu, et ont conquis nos assiettes. Alors, n’est-il donc pas plus raisonnable de parier que les Français mangeront du steak in vitro, sous une forme ou une autre ?

Mathieu Robert



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