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Vendredi 24 mai 2019

Biosourcé : l’investissement s’oriente vers la valeur ajoutée


Après le contre-choc pétrolier des années 2015-2016, les investissements reprennent dans l’industrie du biosourcé, mais avec une orientation plus marquée vers les produits à forte valeur ajoutée, ont expliqué les professionnels du secteur, à l’occasion de la tenue du Plant-Based Summit, congrès d’affaires du biosourcé.


Dans l’histoire mouvementée du biosourcé, l’heure est à une dynamique nouvelle. Après la première vague de création d’investissements dans les biocarburants dans les années 1990 pour démarrer une industrie des carburants renouvelables, une deuxième a suivi dans les années 2000, « avec une reprise en fanfare des investissements, lors de la flambée des cours du pétrole de 2007 à 2015, pour substituer le pétrole cher » par des produits biosourcés devenant compétitifs, a retracé François Monnet, président de l’Association pour le développement de l’industrie du végétal (ACDV), à l’orée du Plant-Based Summit, congrès d’affaires du biosourcé, qui s’est ouvert à Lyon le 22 mai.

Depuis le contre-choc pétrolier des années 2015-2016, une nouvelle vague d’investissements arrive, tirée avant tout par les secteurs à valeur ajoutée. « Typiquement, les secteurs très prometteurs en termes de débouchés sont la cosmétique, les produits de bio-contrôle pour remplacer les pesticides de synthèse, les extractibles du bois et les protéines végétales ou d’insectes nourris avec des co-produits des grandes cultures », a indiqué Antoine Peeters, directeur général adjoint du pôle IAR (Industrie et agro-ressources). « Parmi ses approvisionnements en matière première, l’économie française incorpore 6 % de biomasse. Elle vise 25 % en 2050, et les États-Unis 50 % à cet horizon », souligne Claude Roy, président du Club des bioéconomistes, dont le livre La bioéconomie, de la photosynthèse à l’industrie, de l’innovation au marché, est sorti la semaine du 13 mai.

Le monde du vivant, gisement de nouvelles fonctionnalités

Les produits biosourcés sont recherchés pour les fonctionnalités qu’apportent les ressources du monde du vivant et que n’apportent pas les produits d’origine fossile, a rappelé François Monnet, allègement du poids ou thermorésistance, comme la résine en polyester d’origine végétale fabriqué par l’amidonnier Roquette, a énuméré Mariane Flamary, déléguée générale de l’ACDV.

« On peut parler d’une nouvelle vague sur des bases plus robustes, qui montrent que cette industrie a pris son autonomie par rapport au prix du baril », a commenté Mariane Flamary peu avant l’ouverture du PBS de Lyon. On voit nombre de sites industriels éclore. L’ACDV publie une carte de France indiquant 200 sites de recherche et de production biosourcée.

Le décollage des bioplastiques toujours entravé

L’essor de l’industrie du biosourcé ne suit pas une pente régulièrement ascendante. Ainsi, le décollage des bioplastiques est toujours entravé, pas seulement pour des raisons de compétitivité, mais aussi de règlement. « En interdisant les plastiques biosourcés, biodégradables et compostables (bioplastiques) au même titre que les plastiques conventionnels, la directive européenne Sup (Single use plastics – Plastiques à usage unique) risque de signer la mort de cette filière en Europe au profit de son développement en Asie », résume Christophe Doukhy-de Boissoudy, directeur de Novamont France et du Club Bioplastiques.

Alors qu’elle est arrivée au stade du développement en Europe, le législateur interdit les pailles, assiettes et autres articles jetables en plastique parce qu’ils prennent trop de temps à disparaître. Jusqu’à trois ans à cinq ans en fonction du milieu, « ce qui, du reste, est également le cas pour nombre de végétaux produits par la nature, telles que certaines feuilles d’arbre et les branches », note Christophe Doukhy-de Boissoudy.

Le biosourcé redémarrera fort quand le pétrole remontera

Maintenant assise sur des bases solides, même avec un pétrole à 60 $ le baril, niveau assez faible, l’industrie du biosourcé devrait redémarrer fort quand le pétrole remontera. « À 130 $ on brûle des commodes Louis XVI et on méthanise le foie gras », sourit Claude Roy pour donner une idée du potentiel de relance du biosourcé. Or, le baril atteindra forcément des niveaux élevés, mais on ne sait pas quand, estime-t-il. Le problème, à terme, n’est pas une pénurie d’électricité, mais d’hydrocarbures, car il en faudra à la fois pour l’énergie et pour la chimie.

« Potentiellement, il suffirait d’une surface équivalente au quart du Sahara pour produire toute l’électricité du monde par l’énergie solaire thermique ». En revanche, « au rythme actuel de prélèvement mondial des ressources fossiles d’hydrocarbures, rythme toujours croissant, les réserves peuvent être estimées à 40 ou 50 ans de consommation pour le pétrole. Or, ce sont bien ces énergies faciles et abondantes qui ont précisément permis le tout-progrès que nous continuons de plébisciter ».

L’économie française incorpore 6 % de biomasse. Elle vise 25 % en 2050, et les États-Unis 50 %

L'« extractible », nouvelle valorisation du bois qui pourrait profiter au biocontrôle

Après l’utilisation du bois pour la papeterie, le textile (viscose) et la chimie (résine, acides gras), une nouvelle valorisation du bois est en vue, les extractibles, a indiqué le 20 mai le collectif de chercheurs Extraforest, qui travaille sur la valorisation des ressources forestières du Grand Est. Les extractibles sont des composés chimiques extraits des nœuds et de l’écorce, co-produits qui sont valorisés uniquement en chaleur, mais qui pourtant contiennent des molécules intéressantes pour les applications suivantes : la cosmétique, les molécules de bio-contrôle, la pharmacie, les compléments alimentaires tant humains qu’animaux. Deux régions sont concernées : Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté. Le programme Extraforest, qui s’achèvera en décembre 2021, prévoit l’installation d’un démonstrateur régional de plateforme d’extraction chimique. Francis Colin, directeur de recherche et coordonnateur du programme, indique que déjà les papetiers scandinaves mettent de côté les nœuds pour les extraire les anti-oxydants.

MN



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