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Vendredi 06 septembre 2019

Brexit : une issue toujours plus incertaine, des agriculteurs inquiets


L’hypothèse d’une sortie du Royaume-Uni de l’UE sans accord se précise peu à peu alors que l’échéance du 31 octobre approche. Les députés britanniques tentent de reporter une nouvelle fois cette date au 31 janvier. Mais ni le Premier ministre Boris Johnson, ni la Commission européenne ne le souhaitent. En attendant les agriculteurs britanniques craignent les conséquences d’un ‘no deal’ et demandent à leur gouvernement des assurances.


Les conditions de sortie du Royaume-Uni de l’UE restent toujours aussi floues à moins de deux mois de l’échéance théorique le 31 octobre alors que le pays s’enfonce dans la crise politique. Boris Johnson, a en effet perdu le 3 puis le 4 septembre deux votes décisifs pour la maîtrise du calendrier. Les députés britanniques de la Chambre des Communes ont adopté un texte réclamant le report du Brexit de trois mois supplémentaires (au 31 janvier 2020) pour éviter une sortie sans accord (‘No deal’) de l’UE au cas où aucun compromis ne serait trouvé avec Bruxelles d’ici le 19 octobre, ainsi que le rejet des élections générales convoquées par le Premier ministre le 15 octobre. Ces élections anticipées pourraient néanmoins avoir lieu.

« Le peu de temps qui reste et la situation politique au Royaume-Uni ont accru le risque que le Royaume-Uni se retire à cette date sans accord », a prévenu la Commission européenne le 4 septembre dans une communication qui prévoit une série de mesures afin d’atténuer les effets d’une éventuelle sortie du Royaume-Uni sans accord. Bruxelles appelle les entreprises et les citoyens de l’Union européenne à ne « pas se fonder sur l’hypothèse qu’une troisième prolongation » de la date du Brexit sera demandée par le Royaume-Uni.

Retour aux droits de douane OMC

Pour la fédération des agriculteurs britanniques (NFU), il faudra « absolument » en cas de ‘no deal’ revoir les droits d’importation de produits agricoles au Royaume-Uni, soutenir les exportateurs vers l’UE en veillant à ce que les certifications nécessaires soient en place et indemniser les agriculteurs pour les pertes de revenus dues à la désorganisation du marché. Mais, rappelle la NFU, « le meilleur moyen de garantir que l’agriculture puisse prospérer après Brexit serait de conclure un accord avec nos voisins commerciaux de l’UE et de partir de manière ordonnée ».

Dans une lettre adressée au Premier ministre Boris Johnson, la présidente de la NFU, Minette Batters, demande une révision urgente de la politique du gouvernement en quant aux tarifs douaniers qui entreraient en vigueur si le Royaume-Uni quitte l’UE sans accord. Dans le cadre des tarifs commerciaux actuellement appliqués en cas de ‘no deal’, le Royaume-Uni serait contraint d’appliquer les règles de l’Organisation mondiale du commerce ce qui signifierait que les agriculteurs britanniques seraient confrontés à des taxes plus élevées sur les exportations, notamment 48 % sur l’agneau et 84 % sur la viande bovine. Et certains produits de l’UE tels que les œufs (0 %), des produits laitiers, les produits horticoles et les céréales (0 % sur le blé) pourraient être importés au Royaume-Uni avec des droits extrêmement faibles.

La NFU appelle donc à un ajustement de ces droits et surtout de ceux à appliquer à la frontière irlandaise où aucun droit de douane ne sera perçu sur les importations transfrontalières, ce qui pourrait constituer une porte d’entrée en franchise de droits tous les produits de l’UE, s’inquiète Minette Batters.

(1) Voir n° 3705-3706 du 02/09/2019

La crainte des futurs accords commerciaux

Alors que le Royaume-Uni s’apprête à quitter l’Union européenne, les agriculteurs britanniques de la NFU (National Farmers Association) s’inquiètent de leurs futurs rapports avec l’UE mais aussi de ceux avec les pays tiers avec lesquels ils signeront des accords de libre-échange. Et en premier lieu les États-Unis. La présidente de la NFU, Minette Batters, a écrit à la secrétaire d’État à l’Alimentation et l’Environnement, Theresa Villiers, pour lui demander d’établir une commission du commerce et des normes afin de s’assurer que la future politique commerciale du Royaume-Uni « ne mine pas les normes élevées de l’agriculture britannique en matière d’environnement et de bien-être animal ». Dans la perspective d’un accord commercial entre le Royaume-Uni et les États-Unis qui pourrait être négocié rapidement, « le gouvernement et l’industrie alimentaire américains ont clairement indiqué qu’ils s’attendent à ce que les obstacles réglementaires existants en matière de normes de production soient éliminés », s’inquiète-t-elle. Elle demande un engagement clair de la part du gouvernement pour préserver les normes de production britanniques.

(AG)