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Vendredi 24 avril 2020

Champ de mine


Ce ne sera visiblement pas l’Inra qui en fera la publicité, mais les dernières grandes études internationales sur le lien entre changement climatique et alimentation enjoignent unanimement les dirigeants à prendre la même mesure : réduire drastiquement la consommation mondiale de viande. Pas un peu, beaucoup (au moins de moitié). Pas seulement certaines viandes, toutes, d’où qu’elles viennent. Pourquoi ? Car ce levier est extrêmement puissant pour diminuer les émissions, libérer des surfaces, et que la mesure est rapide et techniquement facile à mettre en œuvre dans les pays occidentaux, où la consommation moyenne de viande est importante. Mais d’un point de vue politique, économique, culturel, c’est un champ de mine. Pour preuve, aucun dirigeant des pays développés n’a osé le reprendre clairement à son compte. En France, l’Inra n’en finit plus de noyer le poisson, et la majorité parlementaire est divisée sur cette question, à l’instar de tout le corps politique. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’une telle perspective est inentendable pour certaines zones rurales déjà sinistrées en termes d’emplois, et qui le seraient plus encore avec cette mesure. Elle est encore plus inacceptable pour les éleveurs dont beaucoup connaissent des revenus trop bas depuis plusieurs années, en particulier dans les filières ovines et bovines. Le problème se pose dans des termes assez similaires à la transition énergétique : ce sont notamment les plus fragiles qui sont les plus concernés, et qu’il faudra protéger, accompagner.

Mathieu Robert



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