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Vendredi 21 février 2020

Comment l’Allemagne a éradiqué le virus de la tomate ToBRFV


En juillet 2019, l’Allemagne a éradiqué le tomato brown rugose fruit virus (ToBRFV) apparu neuf mois plus tôt sur son territoire. Un succès dû à la chance et à des protocoles d’hygiène draconiens.


« Nous pensons que le virus s’est probablement propagé via les caisses qui servent à la récolte », explique Heike Scholz-Döbelin. Cette ingénieure horticole spécialiste des tomates sous serre à la chambre d’agriculture de Rhénanie du nord-Westphalie était aux premières lignes quand le virus ToBRFV est apparu dans l’ouest de l’Allemagne. C’est à l’automne 2018 que le premier cas de tomato brown rugose fruit virus (ToBRFV) a été confirmé dans la région du Bas-Rhin, frontalière avec les Pays-Bas. « Dans cette région il y a un groupe de treize gros producteurs de tomates sous serre. Deux d’entre eux se chargent de faire le tri et l’emballage. Les caisses qui servent à la récolte vont et viennent entre les exploitations, et on pense que c’est comme ça que s’est transmis le virus. »

Origine inconnue

« Des symptômes étaient déjà apparus sur une exploitation dès mars-avril mais on ne savait pas vraiment ce que c’était », complète le directeur du service phytosanitaire de la chambre d’agriculture de Rhénanie du nord-Westphalie, Gerhard Renker : « Quand l’agriculteur a vu le problème empirer il a fait appel à nous. » Finalement, ce n’est pas une mais sept exploitations de tomate sous serre sur substrat minéral qui ont été contaminées au ToBRFV. Selon Renker, la ferme d’où, a priori, est partie la contamination comptait 2 à 3 ha de tomates et a perdu 80 % de sa production. Les six autres fermes ont perdu 10 à 30 % de leurs volumes de fruits.

En tout, une vingtaine d’hectares de serres ont souffert, fort heureusement « dans une zone assez fermée », précise le responsable du service de quarantaine. « Nous ne savons comment le virus est arrivé », reprend Renker qui assure avoir enquêté dans de multiples directions. « Dans notre région, il n’y a pas de production de plants de tomates. Tout vient des Pays-Bas. […] Début 2019, nous avons testé tous les jeunes plants en provenance de ce pays et nous n’avons trouvé aucune trace du virus, poursuit-il. Peut-être que des maraîchers ou horticulteurs ont été à l’étranger… Vous savez, tous ces passionnés de jardinage collectionnent des matériaux végétaux d’un peu partout. »

Chance et trêve hivernale

L’origine du virus ToBRFV en Rhénanie du nord-Westphalie demeure un mystère. Cela n’a pas empêché l’Allemagne de parvenir à l’éradiquer neuf mois plus tard, en juillet 2019. Alors qu’Israël et le Mexique, victimes de cette maladie depuis 2014 et 2018, n’y sont toujours pas parvenu (d’après l’avis de l’Anses du 14 janvier 2020, ndlr).

« Nous avons eu beaucoup de chance, tente d’expliquer Gerhard Renker. Nous avons sans doute détecté le virus à un stade précoce de propagation. » De plus, il est apparu en fin de saison de production, juste avant la trêve hivernale : « Ici on produit de la tomate pendant onze mois, en général de janvier à novembre avec une pause en décembre. Pendant cette pause, les producteurs se débarrassent des matériaux végétaux, ils nettoient et désinfectent les serres et le matériel d’irrigation. À la reprise de la production ils mettent de nouveaux plants et substrats. » Le responsable allemand assure que les producteurs de tomates respectent désormais ces protocoles d’hygiène à la lettre « pour être sûrs que nous n’aurons pas de nouvelle épidémie ».

En France aussi, hormis certains départements particulièrement ensoleillés comme le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône ou les Pyrénées-Orientales, les producteurs de tomates font une pause hivernale, assure le vice-président de l’AOPn tomates de France Bruno Vila. Pause qui dure « un à trois mois entre octobre et décembre » selon que les cultures sont sous serre chauffée, sous abri froid ou anti-gel, ajoute-t-il. Ce qui veut dire que le cas de ToBRFV détecté le 17 février dans le Finistère intervient au mauvais moment car en début de campagne.

Des mesures de précaution draconiennes

« Notre message aux producteurs est de ne pas paniquer mais de prendre ce virus au sérieux », tempère Marlene Leucker, responsable de la protection des plantes en filière légumes à la chambre d’agriculture de Rhénanie du nord-Westphalie. Elle raconte que d’après une étude menée sur un herbier, la sève d’une feuille contaminée au ToRBVF était encore infectieuse après 50 ans : « Cela montre à quel point il est difficile d’éliminer toutes les particules de ce virus présente dans l’environnement. »

Depuis l’apparition du foyer infectieux en octobre 2018, son service a défini un ensemble de mesures de prévention à mettre en œuvre pour éviter tout risque contamination dans les serres. Parmi ces mesures recensées dans un document de synthèse, la chambre d’agriculture régionale allemande recommande de passer les pieds et les mains dans un sas de désinfection, de porter des vêtements de travail internes à l’entreprise et de se protéger les cheveux – vecteurs potentiels du virus –, notamment pour les personnes qui travaillent sur plusieurs exploitations.

Utiliser de l’eau potable

D’après le document il faut « arracher les plantules de tomates et mauvaises herbes non désirées (morelle noire, chénopodes) qui sont des hôtes fréquents et latents » à l’intérieur comme à l’extérieur de la serre. Il faut également ranger les outils de coupe dans le même compartiment, sans oublier de les nettoyer puis de les désinfecter après usage – de même que les caisses, chariots élévateurs et autres équipements. « Il est très important de nettoyer d’abord pour enlever la matière organique, sinon la désinfection ne sera pas efficace », insiste Heike Scholz-Döbelin.

Pour cette même raison, la chambre d’agriculture recommande de diluer le désinfectant Menno Florades (acide benzoïque) dans de l’eau de qualité eau potable. « Le PH et la pureté de l’eau sont très importants pour que ce produit -le seul autorisé en période de culture- soit efficace », explique Marlene Leucker. Enfin, il est conseillé d’interdire les tomates et poivrons importés de pays touchés par le virus dans les repas pris au sein de l’entreprise. « Sommes-nous préoccupés par un retour du virus en Allemagne ? Oui, on n’est jamais à l’abri, conclut Leucker. J’espère que nous arrivons à aider les producteurs à savoir y faire face. »

LM