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Vendredi 30 août 2019

Coup de poker brésilien


Véritable revirement ou coup de bluff ? La soudaine opposition d’Emmanuel Macron à l’accord avec le Mercosur – « en l’état » – en a surpris plus d’un. « En l’état. » Ces deux petits mots reflètent toute la prudence d’une annonce éminemment (géo)politique. S’il mettait sa menace à exécution, le chef de l’État pourrait vraisemblablement saborder ce deal négocié pendant vingt ans entre l’UE et le Mercosur. Mais on l’imagine mal aller au bout de sa démarche, lui qui défendait en juin ce « bon accord » au milieu des protestations indignées des agriculteurs et des écologistes. Y compris contre une partie de sa majorité. Analysée sous le prisme franco-français, agiter la menace d’un refus lui permet de verdir son image à peu de frais et de rassurer le monde agricole.

La manœuvre du locataire de l’Élysée viserait plutôt à tordre le bras à Jair Bolsonaro pour qu’il daigne éteindre les incendies ravageant l’Amazonie. Et surtout à s’assurer que le texte final de l’accord UE-Mercosur contraindra bien le Brésil à respecter l’accord de Paris. De l’autre côté de l’Atlantique, aussi, la politique intérieure est riche d’enseignements. Le désintérêt de Bolsonaro pour la biodiversité amazonienne n’est pas nouveau. Le « Trump brésilien » a été élu avec le soutien de l’agrobusiness et sur la promesse de favoriser le soja face à la forêt primaire. Dans ce domaine, seule une pression des milieux économiques lui ferait changer d’avis. Des entreprises qui auraient beaucoup à perdre en cas d’absence d’accord commercial avec l’UE.

Yannick GROULT