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Vendredi 23 novembre 2018

Des « biais » dans l’homologation du chlorpyriphos


Des travaux scientifiques publiés le 16 novembre dans la revue « Environmental Health » critiquent la méthodologie des études des industriels qui ont permis d’autoriser les produits phytosanitaires à base de chlorpyriphos aux États-Unis et en Union européenne.


L’autorisation du chlorpyriphos en Europe a-t-elle été basée sur des études biaisées ? C’est en tout cas ce qu’affirment les auteurs d’une étude publiée le 16 novembre dans la revue Environmental Health, réalisée par des chercheurs de l’Université de Stockholm et d’Harvard. Selon ces travaux, les études fournies par les industriels aux agences d’homologation cumulent soucis méthodologiques et approximations.

« Nous ne disons pas que ces approximations sont volontaires », prévient toutefois Axel Mie, chimiste à l’Institut Karolinska, à Stockholm, qui a contribué à cette étude. « Mais force est de constater qu’il y a certains points très problématiques », ajoute-t-il.

Un produit interdit en France

Le chlorpyriphos est une substance active utilisée comme insecticide. Elle est toujours autorisée en Europe et aux États-Unis. En France, elle est toutefois interdite depuis 2016, avec une dérogation accordée pour le Pyristar, utilisé dans la culture des épinards, avec de strictes conditions d’applications. Aux États-Unis, l’administration de Barack Obama s’était engagée à interdire le chlorpyriphos, selon la presse américaine, mais ce processus avait été remis en cause par l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

Car ce produit est soupçonné d’avoir des risques sur les cerveaux en développement des enfants. « La situation est assez inhabituelle : on a d’un côté des études des industriels qui indiquent que, même à de hauts niveaux d’exposition, il n’y a pas de risque, et des études indépendantes qui identifient des risques même à de basses expositions », remarque Axel Mie.

Les chercheurs ont donc analysé les études qui ont permis d’autoriser ce produit au niveau européen, entre 1997 et 1998. L’accès à ces études est exceptionnel : les chercheurs ont profité d’articles scientifiques publiés par l’entreprise, visant à défendre le produit, pour demander à disposer de données et études brutes.

Résultat : après une longue procédure, les scientifiques ont pu disposer de « milliers de pages », qui composent ces études. Les chercheurs ont débusqué plusieurs anomalies. Par exemple, les industriels mesurent l’impact sur le cerveau du rat d’une exposition à ce produit dans le ventre de sa mère. Or, le cerveau du rat se développe après la naissance, et a donc été peu influencé par l’exposition à ce produit dans le ventre de sa mère, contrairement au cerveau de l’être humain qui se développe avant la naissance.

Une analyse « inappropriée et inopérante »

Autre biais, selon ces chercheurs : les études de l’industrie calculent la masse moyenne du cerveau, après l’exposition, et non pas la masse de certaines régions spécifiques du cerveau qui pourraient être touchées. Une analyse qui avait été considérée comme « inappropriée et inopérante » par l’Agence américaine de protection de l’environnement (APE), chargée d’autoriser les produits phytos, ce qui ne l’a pas empêchée d’accorder l’homologation.

La réautorisation du chlorpyriphos au niveau européen doit être révisée avant janvier 2019, date à laquelle sa licence expire. Elle doit donc être réexaminée prochainement par l’Efsa. Un porte-parole de l’agence européenne d’homologation indique d’ailleurs avoir été « au courant de cette étude », et qu’elle va être intégrée dans le processus d’homologation.

Cette étude relance le débat sur la transparence des travaux industriels. La réforme de l’Efsa, actuellement examinée au sein du Parlement européen, prévoit d’ailleurs un meilleur accès à ces travaux pour les chercheurs indépendants.

Le cerveau du rat se développe après la naissance

Dow réfute « les accusations de manipulation de données »

Dans un mail adressé à Agra Presse, Dow « réfute fermement les accusations de manipulation de données ou de tromperie dans toute étude ». Dow estime que « l’étude sur la neurotoxicité au stade du développement (DNT) mentionnée […] a été menée conformément aux lignes directrices de 1991 de l’Environmental Protection Agency (EPA) des États-Unis ». Elle répond également que « l’étude a fait l’objet d’un examen par les pairs et, contrairement à ce qui a été suggéré, a été publiée dans la littérature scientifique ».

FC



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