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Vendredi 08 novembre 2019

Durabilité : la politique agroalimentaire doit inciter à la productivité


La politique agroalimentaire de l’UE devrait se concentrer sur la durabilité des ressources naturelles et des mesures d’incitation à la productivité via les aides couplées, alors qu’elle doit relever le défi de nourrir une population mondiale qui atteindrait 10 milliards en 2050, selon un rapport commandé par la commission de l’Agriculture du Parlement européen. Les conclusions de ce travail ont été présentées aux eurodéputés le 5 novembre.


Pour allier efficacement durabilité et augmentation substantielle de la production, les décideurs politiques doivent se concentrer sur les mesures d’incitation à la productivité via les aides couplées et à la prévisibilité agricole pour accroître et maximiser la production dans l’UE, estiment des experts du département des politiques structurelles et de cohésion du Parlement européen qui ont présenté le 5 novembre devant les eurodéputés de la commission de l’Agriculture un rapport sur ces questions. Alors que la population mondiale devrait atteindre 10 milliards d’habitants d’ici à 2050, une augmentation de 50 % de la production alimentaire deviendra nécessaire d’ici cette date afin de nourrir 2,3 milliards de personnes supplémentaires. Comment alors relever ce défi sans causer de dommages irréversibles à la planète ?, s'interrogent les auteurs de ce rapport de 81 pages intitulé « Tendances majeures dans le secteur agroalimentaire : vue d’ensemble mondiale et réponse politique possible du point de vue de l’UE ».

La « durabilité pour tous » d’ici 2050

Les eurodéputés se sont néanmoins demandé si ce sont tous les secteurs qui devaient être visés par les aides couplées, ou bien seulement ceux où il y a un manque de production. L’adoption et le partage des connaissances sur la technologie et la numérisation de la production agricole, présentés comme le moteur de la sécurité alimentaire selon les auteurs du rapport, permettront aussi de favoriser cette transition vers une plus grande durabilité. Les experts précisent que « l’UE devrait également poursuivre ses initiatives à l’échelle du globe afin de réduire les gaz à effet de serre (GES), comme l’accord de Paris, et les pertes de biodiversité, tout en veillant à ce que la protection de l’environnement soit intégrée dans tous les accords commerciaux bilatéraux ». Enfin, pour parvenir à la "durabilité pour tous", ils recommandent à l’UE d’accroître son soutien et ses investissements dans l’éducation en matière de protection de l’environnement, d’obésité et de dénutrition. Sur ce dernier point, les eurodéputés s’étonnent de ne pas voir mentionner le gaspillage alimentaire qui est selon eux, « un objectif de la plus haute importance ». Pour protéger l’environnement sur le long terme, ces derniers précisent que la promotion et le développement des chaînes courtes seraient l’option idéale à envisager.

Vers une « grande transformation alimentaire »

Au regard de l’importance de cet enjeu, le rapport souligne d’emblée qu’il faudra mener un véritable processus de « grande transformation alimentaire, qui sous-tendra une plus grande prise de conscience sur les régimes alimentaires respectueux de l’environnement et la réglementation des déchets alimentaires ». Cette transition vers une agriculture plus durable devrait également passer par une augmentation des prix des produits agricoles, reflétant ainsi le coût environnemental. Selon les experts, ceci permettrait ainsi de stopper la sur-utilisation des ressources naturelles et d’encadrer une consommation aujourd’hui excessive, source de problèmes de santé et des déchets alimentaires. Grands contributeurs de GES, il est crucial, d’après les conclusions du rapport, que les systèmes agricoles puissent contribuer à la réduction des émissions de GES tout en étant en mesure de fournir suffisamment de nourriture afin de répondre à une demande croissante. À cette fin, les auteurs précisent que « des investissements publics et privés substantiels seront donc nécessaires à la fois pour réduire les émissions de GES et minimiser l’impact des systèmes agroalimentaires sur le changement climatique ». Sur ce point, certains eurodéputés se sont étonnés de voir l’agriculture présentée comme le problème alors qu’elle pourrait être vue comme une solution au changement climatique via la séquestration de carbone dans les sols ou encore par des systèmes agro-pastoraux.

(RM)



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