Identification Abonnement

Imprimer cet articleEnvoyer à un ami
Vendredi 13 décembre 2019

Emploi agricole : de nombreux défis attendent la nouvelle Pac


Le problème du renouvellement des générations, la diversification des activités des exploitants agricoles, la difficulté pour les petites exploitations agricoles d’adopter les nouvelles technologies, le travail des salariés étrangers face au dépeuplement rural, sont autant d’enjeux auxquels devra répondre la nouvelle Pac 2021-2027, selon une étude commandée par la Commission de l’agriculture du Parlement européen sur « l’emploi agricole dans l’UE : défis actuels et perspectives d’avenir ».


En parallèle d’une baisse continuelle de l’emploi agricole, de près de 30 % depuis 2003, l’enjeu du renouvellement des générations est aujourd’hui considéré comme un problème majeur pour le secteur agricole de l’UE. L’étude présentée le 5 décembre à la commission de l’Agriculture du Parlement européen sur « l’emploi agricole dans l’UE : défis actuels et perspectives d’avenir », explique d’emblée que « le manque d’attractivité des emplois agricoles et des zones rurales pour les jeunes générations ayant un niveau d’instruction supérieur et le manque d’incitations à la retraite pour les agriculteurs âgés » qui préfèrent continuer à recevoir les aides de la Pac, constituent les principaux facteurs d’explication. Les jeunes générations attirées par des activités plus rémunératrices, stables et où une évolution de carrière est assurée, préfèrent s’orienter vers les secteurs dits secondaires ou tertiaires que vers le secteur agricole. Dans le même temps, les agriculteurs âgés recevant de trop faibles retraites pour leur garantir des conditions de vie décentes préfèrent continuer à toucher les paiements directs de la Pac et ainsi conserver leurs exploitations. Plusieurs eurodéputés de la commission de l’Agriculture ont souligné que les exploitations familiales pourront se régénérer à condition que l’activité agricole devienne plus rentable pour embaucher des membres de la famille.

La diversification des activités tant à la ferme qu’à l’extérieur est un facteur d’attractivité, explique l’étude, permettant aux agriculteurs de « ne pas dépendre d’une seule source de revenu ». Et de préciser que « cette diversification peut se caractériser à la fois par des activités de transformation et/ou de vente de produits agricoles dans de courtes chaînes d’approvisionnement, par de l’agritourisme ou encore par de la production d’énergie renouvelable ». Toutefois, les difficultés d’accès à la terre, les conditions climatiques défavorables, le faible potentiel touristique et l’isolement relatif de certaines zones rurales sont autant d’obstacles qui ne permettent pas aujourd’hui la poursuite de l’expansion de cette diversification agricole. L’étude précise que « seulement 1 ferme sur 20 a su se diversifier au sein de l’UE, avec de larges disparités selon les pays ».

Innovations et travailleurs migrants

Depuis 15 ans, l’agriculture intensive prend de plus en plus d’ampleur et avec elle, la productivité de la main-d’œuvre agricole. Les grandes et moyennes exploitations ont ainsi intégré la mécanisation pour accroître leur rendement tout en réduisant le besoin de main-d’œuvre humaine. Face à cette réalité, les petites exploitations dites familiales qui ont fortement diminué ces 15 dernières années ont moins de capacité à adopter l’innovation technologique et luttent donc pour rester compétitives. En outre, le rapport précise que « plus généralement, l’écart entre la recherche et l’innovation, d’une part, et l’application pratique dans les champs, d’autre part, est cité comme une contrainte au progrès technologique dans le secteur agricole ». En parallèle de la mécanisation du travail agricole, les travailleurs saisonniers, et en particulier les travailleurs migrants, jouent également un rôle essentiel pour permettre aux exploitations agricoles de rester compétitives durant toute l’année. Même si la part des travailleurs étrangers dans le secteur agricole de l’UE reste faible (moins de 5 %), leur recours par des exploitations agricoles intensives répond à des besoins spécifiques et périodiques. Le rapport précise que « cette main-d’œuvre bon marché et flexible, répond aussi à la problématique du dépeuplement des zones rurales. Toutefois, leurs conditions de travail et leur intégration socio-économique sont préoccupantes. Le cadre institutionnel de l’UE ne prend pas assez en compte jusqu’à présent leur situation ».

Selon l’étude, la prochaine Pac 2021-2027 devra répondre à ces défis afin « de faciliter le transfert des exploitations agricoles à l’intérieur et à l’extérieur de la famille, de mieux intégrer et coordonner les objectifs et les outils de la Pac avec les politiques sociales de l’UE et les autres Fonds structurels et d’investissement européens, notamment en ce qui concerne la main-d’œuvre migrante ou encore de promouvoir une meilleure qualité de l’emploi rural en investissant dans la diversification et en ajoutant de la valeur à l’agriculture ».

Vai Campesina dénonce la discrimination et exploitation des travailleurs étrangers au sein de l’UE

« Les champs agricoles de l’UE sont devenus aujourd’hui de réelles zones de non-droit », dénonce la Coordination Européenne Via Campesina (ECVC) dans son dernier rapport intitulé « Qui sème l’injustice récolte la misère », publié le 28 novembre. Aujourd’hui, le recours à une main-d’œuvre agricole précaire a pris une ampleur considérable au sein de l’UE. Nadia Azouagagh du syndicat andalou SOC-SAT qui a participé à la réalisation de ce rapport, explique qu'« l’agro-industrie a besoin d’une main-d’œuvre toujours plus flexible, disponible et bon marché. À cette fin, les dispositifs juridiques de l’UE permettent de contourner la législation nationale du travail, au profit des intermédiaires, presque toujours au détriment des travailleur(se)s, en particulier des migrant(e)s, ce qui entraîne une violation systémique et structurelle de droits fondamentaux tels que le droit à un revenu équitable, le droit à des conditions de travail appropriées, le droit de circuler et l’interdiction de l’esclavage et du travail forcé ». Pour alerter des dérives d’un tel système, au moins 2000 femmes ont défilé, le 17 juin 2018, dans les rues de Huelva, localité du sud de l’Espagne connue pour la monoculture intensive de la fraise sous serre, pour soutenir les saisonnières, en particulier marocaines, qui ont porté plainte pour agressions sexuelles dans plusieurs exploitations agricoles de la région. Dans ce cas, l’UE avait financé le projet de recrutement de ces femmes, soit 15 000 travailleuses en 2018, en collaborant avec l’agence d’emploi marocaine (Anapec) comme sous-traitant, critique Via Campesina.

(RM)