Identification Abonnement

Imprimer cet articleEnvoyer à un ami
Vendredi 15 janvier 2021

En attendant Jair


De politique d’autonomie issue de la crise sanitaire, le plan protéine de 100 M€ s’est mué récemment en politique de lutte contre la déforestation. « Bâtir la souveraineté protéinique de l’Europe, c’est combattre la destruction de la biodiversité », twittait récemment Emmanuel Macron. À première vue, l’idée paraît évidente : si le soja brésilien déforeste l’Amazonie, produisons-le en France, et le problème serait réglé. Sauf que c’est loin d’être aussi simple, car l’opération se fait à budget Pac constant (environ 10 Mrd€/an), et donc à SAU constante. Dans ces conditions, ajouter 100 000 ha de soja en France, c’est au détriment d’autres cultures. Imaginons par exemple que le soja français soit intégré à la monoculture de maïs, comme le suggère Arvalis : ce serait autant de tonnes supplémentaires de maïs que la France ne produirait plus et devrait importer de l’étranger. De quel pays ? D’où il serait le plus compétitif, donc probablement des États-Unis, où il participerait à la croissance des surfaces de maïs étasunien au détriment du… soja, dont la production mondiale est en pleine expansion au… Brésil. On y revient. Pas si facile d’échapper au marché mondial ! Alors, que faire pour agir concrètement pour ces forêts ? Exercer une pression sur Brasilia pour la forcer à les sanctuariser, diminuer la demande mondiale alimentaire… Plus facile à dire qu’à faire, c’est sûr. La dernière option serait d’attendre la sortie du pouvoir de Jair Bolsonaro, fin 2022. C’est un scénario sur lequel compte probablement beaucoup l’UE. Mais se réalisera-t-il ?

Mathieu Robert



Téléchargement