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Lundi 03 mars 2014 | interview

En Côte d'Ivoire, bientôt une « plateforme boursière pour les productions vivrières »


Mamadou Sangafowa Coulibaly, ministre de l'Agriculture de la Côte d'Ivoire, a exprimé sa volonté de soutenir l'agriculture familiale, notamment vivrière. L'objectif est de structurer une filière qui emploie 80% de la population.


La Côte d'Ivoire est connue pour être un acteur majeur du marché mondial du cacao, d'anacarde, d'hévéa, de café… Quel est l'autre visage de son agriculture ?

L'agriculture familiale est dominante dans notre pays. 80% de la production agricole provient de cette agriculture qui occupe 96% de la surface agricole exploitée en Côte d'Ivoire. Et comme dans la plupart des pays africains, les deux tiers de la population active travaillent dans le secteur primaire. Depuis quelques années, l'agriculture en générale est l'objet de toutes les priorités des États : l'agriculture familiale en fait partie. Cet engouement et intérêt internationaux sont relativement récents. Replaçons le contexte historique. De 1980 à 2007/2008, l'agriculture était délaissée par les politiques publiques, mais aussi par les partenaires financiers. La crise alimentaire de 2007/2008 est un virage historique qui a rappelé le rôle central de l'agriculture dans le monde. Depuis, nous assistons à une réorientation des politiques et des négociations commerciales bilatérales et multilatérales vers l'agriculture. La communauté internationale remet au centre des préoccupations de la planète l'agriculture familiale : on ne peut que s'en réjouir. Nous voulons des actes concrets qui doivent se traduire en investissements dans l'agriculture familiale.

Quelles sont les priorités de votre ministère pour l'agriculture familiale ?

En Côte d'Ivoire comme dans d'autres pays africains, la priorité est l'investissement dans les infrastructures : les pistes de desserte agricole pour acheminer la production des exploitants vers les marchés, les entrepôts de stockage pour conserver en frais les produits et leur donner une plus longue durée de vie et pour combler les périodes de soudure. Collecte, stockage…il nous faut aussi des plateformes de transaction physique des denrées. Nous avons bien quelques marchés de gros, mais une faible partie de la production y passe. Il nous faut renforcer ces circuits à l'échelle régionale et nationale. Les zones de production excédentaires doivent pouvoir approvisionner les zones déficitaires qui en sont parfois éloignées. La libre circulation des productions dans l'espace CDEAO (communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest) nous permet d'alimenter en productions vivrières le Mali, le Niger et même jusqu'au Nigeria. Par ailleurs, nous allons créer un marché physique pour les productions vivrières. Cela existe déjà pour le cacao. Le paysan sera en relation directe avec l'acheteur. Il évitera des circuits à trois ou quatre intermédiaires qui se font de la marge et où finalement le producteur ne s'enrichit pas.

Comment financer ces infrastructures ?

Nous avons nos fonds propres qui financent déjà ces constructions et ces projets. Mais ce pan de l'économie manque d'investissements depuis une trentaine d'années. Vous imaginez le retard. Par ailleurs, il nous faut aussi rénover les infrastructures existantes, mais vieillissantes… nous pouvons prendre en charge les entrepôts de stockage bord champ et de taille intermédiaire. C'est l'affaire de l'Etat. Mais les besoins sont colossaux et ne peuvent être uniquement satisfaits par les financements publics, notamment pour ce qui est de l'agriculture d'exportations.

…ce qui explique votre recherche d'investisseurs privés ?

Notre pays a construit son développement sur l'agriculture d'exportation. Elle nous permet d'avoir des recettes pour investir dans les infrastructures en général.

Début 2013, Louis Dreyfus Commodities (LDC) vous a sollicité pour un projet rizicole. Combien d'hectares ont-ils l'intention d'exploiter ?

Ils n'exploitent pas un centimètre carré, si c'est ce que vous voulez savoir. Ils collectent auprès des exploitations familiales, comme ils le font déjà dans le coton. LDC est acheteur, mais ne produit pas. Ils donnent les moyens de productions aux exploitants et passent des contrats avec les agriculteurs. Concrètement, le projet rizicole n'a pas commencé. LDC est en train de faire des études de faisabilité pour déterminer la rentabilité du projet et déterminer la taille de l'usine à construire pour la transformation du riz. Nous consommons de plus en plus de riz et nous avons les moyens, les atouts naturels pour en produire et pour satisfaire nos besoins. Mais nous dépendons toujours des importations : la production locale ne peut devenir fournisseur de nos propres besoins seulement si nous investissons, par exemple dans des projets de riziculture d'irrigation qui nous permettrait de faire deux voir trois cycles de production. La production dans notre pays est encore basée à 95% sur la riziculture pluviale. Le ministère dispose d'une direction dédiée à la maîtrise de l'eau et à la mécanisation (DGDRME).

En France, un des problèmes majeurs pour l'agriculture est le renouvellement des générations. Qu'en est-il en Côte d'Ivoire ?

Nous allons réformer notre système de formation professionnelle. Il nous faut associer les privés avec l'Etat pour diriger la formation agricole. Les paysans doivent avoir accès à des temps de formation pour se mettre à jour et être au fait des nouvelles technologies. Il faut accueillir les jeunes qui sont intéressés par le métier d'agriculteurs. Ils auront des formations de base pour pouvoir acquérir des exploitations agricoles et monter des projets viables.

Où en est la loi foncière en Côte d'Ivoire ?

Les agriculteurs ivoiriens ont la possibilité de demander une remise de titre de propriété à l'Etat. Une enquête publique permet alors de déterminer si oui ou non, le paysan est propriétaire. Si c'est le cas, l'Etat lui remet un titre de propriété.

Et aujourd'hui, les agriculteurs font des demandes ?

Difficile de quantifier, mais les remises de titre de propriété avancent…

CLIO RANDIMBIVOLOLONA