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Vendredi 10 janvier 2020

En Chine, les agriculteurs misent sur les plateformes vidéos


Le besoin de réassurance des Chinois dans leur alimentation oblige les agriculteurs à innover. La vidéo en ligne proposée par nombre de réseaux sociaux semble être une solution clé en main pour booster ses ventes.


Jadis modeste apiculteur, Ma Gongzuo roule en BMW depuis qu’il vend son miel via une technique utilisée par un nombre croissant de paysans chinois : diffuser des vidéos montrant l’origine de leurs produits et la vie aux champs, illustre l’AFP dans un portrait de l’agriculteur. Des clips gages de traçabilité pour des consommateurs de plus en plus exigeants vis-à-vis du contenu de leurs assiettes. Et un moyen pour ces agriculteurs de sortir de la pauvreté – que le Parti communiste au pouvoir espère éradiquer dès 2020.

Dans cette lutte, l’essor rapide de l’internet via smartphone (847 millions d’utilisateurs) a joué un rôle crucial, en permettant l’accès des agriculteurs aux sites de vente en ligne et aux applications mobiles. Le nombre de personnes sous le seuil de pauvreté en zone rurale a ainsi reculé de façon drastique en Chine : il est passé de 770 millions en 1978 à 16,6 millions en 2018, selon des chiffres officiels.

« On veut être un exemple, montrer aux jeunes qu’on peut tout à fait monter son entreprise et gagner de l’argent en zone rurale », explique Ma Gongzuo. Une façon aussi d’enrayer la désertification des campagnes, de nombreux Chinois allant chercher des emplois mieux rémunérés en ville.

« Vous en voulez un bout ? », demande Ma Gongzuo devant le smartphone tenu par un ami, avant de croquer dans d’appétissantes alvéoles dégoulinantes d’un miel couleur ambre. La scène est diffusée à ses 737 000 abonnés sur Douyin, réseau social chinois de 400 millions d’utilisateurs.

La Chine est le plus gros marché mondial de la diffusion de vidéos en direct. Le cabinet d’audit américain Deloitte avait prévu en 2017 que ce marché génère un chiffre d’affaires de quatre milliards d’euros l’année suivante, soit une progression de 32 % sur un an.

Des revenus qui grimpent en flèche

Sentant le filon, ByteDance, la maison-mère de Douyin, dit avoir organisé des formations pour 26 000 agriculteurs, notamment des jeunes, afin qu’ils maîtrisent la réalisation de vidéos. D’autres plateformes existent : Kuaishou, Yizhibo, mais aussi la plus populaire application d’e-commerce du pays, Taobao, propriété du géant Alibaba. Elle a d’ailleurs lancé en 2019 un projet visant à aider un millier de paysans à générer au moins 10 000 yuans (1 300 euros) de revenu mensuel via les vidéos.

En ce sens, l’exemple de Ma Gongzuo est parlant. En 2015, lorsqu’il reprend l’affaire familiale de production de miel, il mise déjà sur des applications de commerce en ligne et réussit à atteindre 1 million de yuans (128 000 euros) de chiffre d’affaires annuel. Mais les ventes stagnent. L’apiculteur commence alors à publier ses premières vidéos en novembre 2018. Suivant les jours, on le voit ouvrir une ruche au milieu d’une nuée d’abeilles, nager torse nu dans une rivière, taquiner un coq, promener des vaches sur une colline, ou encore couper du bois.

« Je ne fais jamais étalage de mes produits. Je présente ma vie quotidienne, les paysages de la campagne. C’est ça qui intéresse les gens ! », assure-t-il. Ma Gongzuo dit désormais vendre chaque année pour 2 à 3 millions de yuans (255 000 à 385 000 euros) de miel, mais aussi de patate douce séchée et de sucre roux. « Aujourd’hui, je peux acheter à ma famille ce dont elle a besoin. J’aide aussi les autres villageois à vendre leurs produits. Toute l’économie locale en profite », sourie-t-il.

« On veut montrer aux jeunes qu’on peut gagner de l’argent en zone rurale »

AJ avec AFP



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