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Vendredi 18 janvier 2019

Exportation de céréales : apprendre à « chasser en filière »


Le think tank Agridées a présenté le 15 janvier une note sur la « Filière céréalière française : construire une stratégie d’exportation », insistant sur un nécessaire « esprit de conquête collectif ».


« Il s’agit moins de chasser en meute que de chasser en filière », a déclaré son auteur Yves Le Morvan, responsable Filières et produits. L’attractivité des céréales françaises à l’international dépendra d’une stratégie globale de la chaîne exportatrice, d’après lui. Cela implique de « matérialiser un esprit de conquête collectif (réactivité, prise de risques, adaptation des produits) » et de « construire une “solidarité intéressée”, créatrice de valeur ». « Le problème en France est que la filière n’est pas intégrée, un cas unique dans le monde », a estimé lors de la conférence de presse Stéphane Bernhard, directeur d’InVivo Trading. Soufflet est cité comme la seule exception. « Cette fragmentation de la chaîne est source d’insuffisances, de coûts », rendant l’export « non fluide », a expliqué Yves Le Morvan. Agridées propose d’y remédier en ciblant les coopératives, qui pèsent 75 % de la collecte céréalière. Et de remettre sur la table un projet de structure « où chacun accepterait de prendre sa part de risques dans la chaîne, en étant un maillon participatif d’une offre intégrée à l’export, avec une gouvernance solidaire ».

Élargir l’offre

Un autre levier stratégique concerne la qualité. Le think tank propose d’offrir une palette plus large de blés panifiables courants (BPC) ou blés pour autres usages (BAU), tout en gardant le pivot des blés panifiables supérieurs (BPS). « Il faut passer d’une logique de flux poussés à des flux tirés », a expliqué l’administrateur Francis Capelle. Avec en tête d’ériger comme priorité la satisfaction de la demande des acheteurs. La filière française a, selon lui, des efforts à faire sur la qualité des grains, en particulier l’absence de poussières, d’insectes, de résidus de pesticides. Agridées propose de réfléchir à la contractualisation depuis l’aval jusqu’au producteur : « Les coopératives sont les mieux placées » pour la mettre en place, a jugé Francis Capelle, donnant l’exemple des contrats passés entre McDonald’s et des coopératives du Gâtinais sur l’approvisionnement en blé.

Maîtriser les coûts

La compétitivité du secteur est également passée au crible. « Si on n’est pas compétitif, on deviendra importateur », a mis en garde Rémi Haquin, président du conseil spécialisé pour la filière céréalière de FranceAgriMer. L’enjeu est énorme : en 2017, la production nationale a représenté quelque 68 Mt de céréales, dont 50 % destinées à l’export. La filière est jugée globalement compétitive par rapport à la concurrence des autres pays. Moins sur le prix sortie ferme qu’au niveau logistique. « La compétitivité de la France est due en grande partie à sa productivité/hectare », a-t-il nuancé. Un point faible est identifié côté frais de main-d’œuvre et de mécanisation. À propos des organismes stockeurs, Agridées estime les économies possibles de 2 à 3 euros la tonne, en s’attaquant à l’organisation et à la permanence du fonctionnement terrain, aux fonctions de siège, plus encore à la logistique interne.

Stéphane Bernhard (InVivo) : « Le problème en France est que la filière n’est pas intégrée »

JCD