Identification Abonnement

Imprimer cet articleEnvoyer à un ami
Vendredi 05 juillet 2019

François De Rugy fait un geste pour le biogaz et les biocarburants


À l’occasion de l’examen du projet de loi Energie-Climat, le ministre de la Transition écologique François de Rugy a annoncé vouloir renforcer le soutien au superéthanol-E85 via la prime à la conversion. Et il s’est également dit prêt à demander « un effort moindre à la filière biogaz » dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), actuellement en négociation. Il a en revanche rejeté la proposition de Dominique Potier (PS) de créer un label « méthanisation verte ».


Dans le cadre de l’examen du projet de loi Energie climat, le 27 juin, le ministre de la Transition écologique a annoncé un renforcement du soutien public au superéthanol-E85 par l’intermédiaire de la prime à la conversion. « Un abattement de 40 % des émissions de CO2 serait pris en compte dans l’éligibilité à la prime à la conversion, et cela permettra à un grand nombre de véhicules dits "flex fuel" (roulant indifféremment aux superéthanol E85, SP95-E10, SP98 et SP95, NDLR) de bénéficier de la prime », a-t-il annoncé en séance publique.

Cette annonce intervient en compensation de la suppression en séance publique d’un amendement favorable au superéthanol-E85, qui avait été voté en commission. Il imposait aux constructeurs qui commercialisent des véhicules à motorisation hybride essence de proposer au moins un modèle flex fuel. La suppression de ce texte a été motivée par le principe de la « neutralité technologique » en matière de transition énergétique, par une difficile application « franco-française » et des craintes de non-conformité vis à vis de la Constitution.

Biogaz : « Il faut renégocier »

Le ministre de la Transition écologique a également fait un geste envers le biogaz. Lors des discussions en séance, il est revenu sur la négociation des objectifs fixés à la filière biogaz dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), actuellement en consultation. « Il faut renégocier, ce que nous sommes en train de faire, et nous pensons aboutir d’ici fin juillet, pour atteindre un objectif de 10 % avec un effort un peu moindre que celui qui était demandé sur les coûts », a-t-il déclaré.

En effet, la version actuelle de la PPE conditionne les objectifs de volume de biogaz produit à des baisses de coût : 7 % de la consommation de gaz en 2030 si les baisses de coût visées sont bien réalisées et jusqu’à 10 % en cas de baisse de coûts supérieure. Elle prévoit également une baisse de plus de 30 % des tarifs d’achat du biométhane en injection. Le ministre annonce un coup de pouce, certes. Mais il a rappelé, à l’instar des associations de riverains du CNVM et du CSNM (voir article dans cette rubrique), les limites des biocarburants : voisinage, bilan carbone non neutre, coûts élevés…

Le label « méthanisation verte » n’a pas convaincu

Rendre la méthanisation plus écolo, c’était justement le sens de l’amendement de Dominique Potier, qui a été rejeté par le gouvernement. Le député socialiste de Meurthe-et-Moselle propose la mise en place d’un label « méthanisation verte » qui permettrait aux acteurs publics de se prononcer « en toute connaissance » sur les autorisations d’urbanisme, les aides publiques et les tarifs de rachat. François de Rugy voit dans les propositions du député « des contraintes supplémentaires ». L’élu de Meurthe-et-Moselle assure qu’il est pourtant « en phase » avec la charte des bonnes pratiques de l’Association des agriculteurs méthaniseurs de France.

« Aujourd’hui, la méthanisation n’est pas toujours compatible avec l’équilibre alimentaire et l’écologie du fait des contournements de la réglementation, estime le député lors d’un entretien avec Agra Presse. L’effet inflationniste sur les matières premières végétales et parfois le foncier exacerbent les tensions avec le monde de l’élevage, notamment dans le cas des pénuries de fourrage liées aux épisodes de sécheresse. » De plus, les acteurs qui émergent sur ce marché « sont les plus puissants sur le plan économique », expose l’amendement proposé par Dominique Potier. La programmation pluriannuelle de l’énergie « risque d’entraîner une massification de la production sur quelques structures pour réduire les charges de production ».

« Un grand nombre de véhicules flex fuel bénéficieront de la prime »

Méthanisation : le label de Dominique Potier recalé

Démarrage de la bioraffinerie de Total à La Mède, malgré l’opposition écologiste

La raffinerie de biocarburants de Total à La Mède (Bouches-du-Rhône) a démarré sa production, au grand dam des associations de défense de l’environnement. Le site du bord de l’étang de Berre, près de Marseille, issu de la conversion d’une raffinerie d’hydrocarbures, dispose d’une capacité de production annuelle de 500 000 tonnes de biocarburants, du "biodiesel" et du "biojet" pour l’aviation, a expliqué le géant pétrolier dans un communiqué le 3 juillet. La bioraffinerie, une des plus grandes du continent avec celles d’Eni en Italie et de Neste en Finlande, est la première de cette taille en France. Le démarrage n’est pas allé sans mal, avec près d’un an de retard, pour des "raisons techniques" liées à la "transformation d’installations existantes". La Mède, qui fonctionnera pour moitié sur la transformation d’huile de palme importée, a aussi fait face à une vive contestation des défenseurs de l’environnement et des agriculteurs, pour une fois unis sur un même front.

MR, MN



Téléchargement