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Vendredi 24 juillet 2020

Histoire de chiffres


Euros constants, euros courants ? Revenons en arrière. En 2018, la Commission européenne avait innové dans sa communication en choisissant d’exprimer sa proposition de budget en euros courants, ce qui revenait à afficher un chiffre supérieur aux montants qu’elle utilisait jusqu’ici, exprimés en euros constants.

Au-delà de la signification de ce chiffre, le ministère de l’Agriculture s’en était alors étonné, soupçonnant franchement Bruxelles d’une manœuvre de communication visant à masquer l’ampleur de la coupe proposée dans le budget de la Pac. Paris, qui n’était pas satisfait de son enveloppe, parlait alors en euros constants.

Deux ans plus tard, changement de rôles, car Paris est plutôt fier de son budget. Une fois l’accord obtenu mardi matin, le Conseil européen s’exprime en euros constants (montant minoré de l’inflation), ce qui est son habitude.

Mais en France, le nouveau ministre de l’Agriculture choisit par contre de parler en euros… courants, soit le montant le plus élevé. Devant l’Assemblée nationale, Julien Denormandie l’assure : « On calcule la Pac en euros courants », car c’est « ce que les agriculteurs perçoivent ».

Du côté de l’opposition, on a bizarrement repris le chiffre le plus bas possible, en l’occurrence celui du Conseil. Alors qui ment dans cette affaire ? Personne. Qui est malhonnête ? Il faudrait sonder les âmes.

Et encore… Méditons cette belle phrase du romancier autrichien, Robert Musil, qu’il place dans la bouche du héros de « L’homme sans qualités » (1930) : « Chacun de nous possède une patrie où tout ce qu’il fait est innocent ».

Rédacteur en chef

Mathieu Robert



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