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Vendredi 27 novembre 2020

Homme ou loup


À écouter les joutes oratoires qui opposaient, cette semaine, sénateurs et ministres au Palais du Luxembourg sur le thème des biocarburants aéronautiques, on sent que les débats de 2008 sur l’utilisation des terres agricoles ne sont pas éteints, qu’ils peuvent ressurgir à la faveur d’une nouvelle crise alimentaire. Il y a dix ans, les yeux s’étaient tournés vers la finance, qui assure s’être réformée depuis, et sur les biocarburants. Imaginez un instant que 2021 nous réserve une maigre récolte, et que les prix agricoles flambent à nouveau. On se tournera à nouveau vers les fabricants de biocarburants. Pourquoi faut-il en produire autant, demandera-t-on ? Certes, ils auront cette fois pour eux l’argument du climat, de la décarbonation, mais on plaidera sûrement pour la modération. Moins de voyage en somme, et surtout moins d’avion ! On se tournera aussi vers les éleveurs : pourquoi n’a-t-on pas diminué leur activité si gourmande en terres, si émettrice de gaz à effet de serre ? Même en arguant de la biodiversité et de la défense des paysages, la défense sera difficile. En somme, voyage et élevage risquent d’en souffrir. Pour solder l’affaire, s’affronteront alors, comme souvent, deux méthodes : à gauche, la planification. Et à droite, le marché (du carbone). Que choisir ? Droite ou gauche, pour les avions comme pour les éleveurs, l’issue risque d’être la même. Comme le disait si bien La Fontaine : « Qu’importe qui vous mange ? homme ou loup ; toute panse me paraît une à cet égard. »

Rédacteur en chef



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