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Vendredi 02 novembre 2018

L’agriculture mise en cause dans la chute de la biodiversité


Plusieurs études publiées fin octobre mettent en lumière le rôle de l’agriculture dans la chute de la biodiversité et la disparition des milieux naturels au niveau mondial. Les associations appellent à un changement de modèle.


Depuis 1970, 60 % des vertébrés sauvages ont disparu de la planète. C’est la conclusion de l’édition 2018 du rapport « Planète Vivante », dévoilé par WWF le 30 octobre. Ce document, publié tous les deux ans par l’association depuis 1998, est réalisé par une cinquantaine d’experts « issus du monde universitaire, de la sphère politique et des organisations internationales de développement et de conservation ». Ses auteurs montrent une accélération de la disparition de la faune partout sur le globe : en 2000, l’effectif des vertébrés sauvages avait diminué de 33 % par rapport à 1970. En 2016, cette proportion atteignait 58 %.

Pour déterminer ces chiffres, l’association a observé un panel de 16 700 populations d’animaux sauvages (groupes d’individus vivant sur un territoire précis), issus de 4 005 d’espèces de mammifères, oiseaux, poissons, reptiles et amphibiens, répartis sur les cinq continents. Elle a ensuite déterminé un « indice de planète vivante », censé mesurer la perte d’abondance en termes de biodiversité de chaque région du monde. La baisse la plus marquée se situe dans la zone couvrant les tropiques, l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale, où l’effectif des populations de vertébrés sauvages aurait diminué de 89 % depuis 1970, selon le rapport.

Pour WWF, cette « sixième extinction de masse » est principalement liée à « la surexploitation des ressources et les activités agricoles ». L’agriculture cause en effet la disparition de certains milieux naturels refuges de la biodiversité. Elle est ainsi responsable de 73 % de la déforestation dans les pays tropicaux ou subtropicaux entre 2000 et 2010, alors même que « les forêts tropicales contiennent certains des plus hauts niveaux de biodiversité sur Terre ». Et cette destruction s’accélère : en 2018, seulement un quart des milieux sont encore exempts de toute activité humaine. En 2050, ils ne seront plus qu’un dixième, prévient l’association.

Disparition des zones humides

La situation des zones humides est la plus alarmante : près de 35 % de ces espaces (marais, tourbières, mangroves, etc.) ont disparu de la planète depuis 1970, selon le rapport sur les Perspectives mondiales pour les zones humides, publié le 29 octobre à Dubaï lors de la 13e Conférence des parties contractantes de la Convention de Ramsar. Cet accord international, signé en 1971, a pour objectif d’enrayer la disparition des zones humides, qui contiennent une grande partie de la biodiversité mondiale.

« La destruction de nouveaux espaces naturels par l’agriculture est aussi une conséquence de l’agrandissement des zones urbaines »

Selon une seconde étude, réalisée par l’Observatoire des zones humides méditerranéennes et publiée le même jour, 48 % de la superficie de ces espaces ont disparu sur le pourtour méditerranéen. Là aussi, l’agriculture est pointée du doigt, car elle est « la principale responsable de l’augmentation des prélèvements d’eau dans le bassin méditerranéen avec 2/3 du total ». Deux mécanismes expliquent ce phénomène : l’assèchement de ces zones par l’activité agricole, mais aussi leur destruction pour installer des cultures.

L’expansion de l’agriculture n’explique toutefois pas à elle seule la destruction de ces espaces. L’extension des villes pose aussi question. « La destruction de nouveaux espaces naturels par l’agriculture est aussi une conséquence de l’agrandissement des zones urbaines, qui empiètent sur les terres agricoles », explique ainsi Jean Jalbert, président de l’Institut de recherche pour la conservation des zones humides, qui a participé à la rédaction de cette étude.

Les pollinisateurs en danger

L’association pointe également du doigt la disparition des pollinisateurs, dont dépendent pourtant « 75 % des principales cultures vivrières mondiales », en particulier « les fruits et les légumes ». Elle dénonce « le changement d’affectation des sols, dû à l’intensification agricole et à l’expansion urbaine », qui sont responsables de la perte d’habitat de ces insectes.

WWF préconise l’intégration d’espaces non agricoles au sein des exploitations pour assurer des habitats diversifiés à ces insectes. Elle appelle, plus généralement, les gouvernements et les entreprises à signer « un nouvel accord mondial pour la nature et les peuples, afin d’inverser la courbe de la perte de biodiversité ».

La Conférence de Ramsar adopte une résolution sur « l’agriculture durable dans les zones humides »

La 13e session de la Conférence de Ramsar sur les zones humides, qui a eu lieu à Dubaï du 21 au 29 octobre, a adopté le 30 octobre un projet de résolution sur « l’agriculture durable dans les zones humides ». Cette convention, signée en 1971, est la première convention de protection de l’environnement signée internationalement. Pour cette 13e édition, les 171 pays signataires de cette convention s’engagent à « élaborer des pratiques agricoles durables qui favorisent la conservation des zones humides ». La résolution encourage notamment les participants à « identifier et soutenir les utilisations traditionnelles durables mais aussi novatrices des zones humides et de leur biodiversité », mais aussi à « accroître le rôle de la communication et de la sensibilisation » dans ce domaine. Elle préconise également des politiques d’incitation pour l’utilisation durable des ressources naturelles des zones humides et à évaluer l’efficacité des cadres législatifs nationaux.

FC



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