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Lundi 23 avril 2012 | analyse

La productivité agricole s’infléchit depuis 1996, selon l’Inra


Une étude de l’Inra, achevée en février, et qui vient d’être mise en ligne sur le site de l’Observatoire des prix et des marges, montre que depuis 1996 la productivité agricole française s’essouffle. Cela pour des raisons diverses : stagnation des rendements pour les grandes cultures, effets du découplage pour la viande bovine, interdiction de pesticides pour les fruits et légumes.


La productivité agricole française, qui s’accroissait de 1,9 % par an de 1979 à 1996, a été ramenée à 0,6 % par an de 1996 à 2008. Jean-Pierre Butault et Vincent Réquillart, deux chercheurs de l’Inra, analysent cette situation, dans une étude qui vient d’être mise en ligne sur le site de l’Observatoire des prix et des marges, organisme gouvernemental.

Grandes cultures : l’hyperspécialisation en cause
Pour les grandes cultures, les progrès de la génétique, qui permettaient de valoriser l’utilisation croissante des intrants, ne remplissent plus autant ce rôle. Conjuguée au réchauffement climatique, l’hyperspécialisation des cultures participe à l’atonie du progrès technique en grandes cultures. Les deux chercheurs de l’Inra écartent la thèse du déclin du progrès de la recherche génétique, citant à l’appui l’avis des généticiens. Ils s’attardent par contre sur ce qu’en disent les agronomes, qui mentionnent le raccourcissement des cycles de rotation des cultures, « l’augmentation de la culture du colza générant par exemple un recours plus important aux pesticides ». L’hypothèse d’une rupture du progrès technique peut être admise en France. Le progrès technique serait pénalisé par la spécialisation de cultures fragiles et exigeantes en intrants (blé tendre, colza). Parallèlement, les recherches mondiales en génétique profitent surtout à d’autres cultures comme le maïs et le soja, moins adaptées aux cultures françaises », soulignent les deux chercheurs.

Le piétinement du commerce extérieur quantifié
Cependant les ralentissements de progrès de productivité sont les plus forts dans les secteurs de la viande, constatent-ils, évoquant « les effets des réformes de la Pac (qui ont mené à une extensification de l’élevage bovin) et du processus de libéralisation des échanges ». Quant au secteur des viandes blanches, il a pâti fortement de la suppression des restitutions à l’exportation. En productions animales en général, les mesures de mise aux normes des bâtiments, l’instauration de conditions sur l’épandage et l’identification des animaux a généré des coûts supplémentaires « qui peuvent être à la source de la détérioration de la productivité des consommations intermédiaires et du capital ». Enfin l’interdiction de certaines molécules phytopharmaceutiques peut expliquer le ralentissement des gains de productivité en cultures fruitières.
La combinaison de tous ces reculs de productivité s’est traduite dans le recul de la compétitivité, à travers les ratios du commerce extérieur. Les deux chercheurs ont mesuré ces reculs, dans un graphique « en cloche », faisant figurer le rapport entre le volume des exportations et celui des importations agricoles et alimentaires françaises entre 1980 et 2009.
(MN)



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