Identification Abonnement

Imprimer cet articleEnvoyer à un ami
Vendredi 04 octobre 2019

Lait : les montagnards tirent la sonnette d’alarme


Après dix ans d’érosion, la production de lait de montagne « arrive à un point de rupture », a alerté le Cniel (interprofession), le 2 octobre au Sommet de l’élevage. Les aides publiques (ICHN notamment) et la meilleure valorisation du lait grâce aux signes de qualité ne suffisent plus à compenser le manque de compétitivité du secteur. La filière demande le soutien des pouvoirs publics.


« Le lait de montagne est en train de dévisser. » C’est par ces mots que Michel Lacoste, président de la commission montagne du Cniel (interprofession), a tiré la sonnette d’alarme lors d’une conférence au Sommet de l’élevage, le 2 octobre. Un cri d’alarme inhabituel pour un producteur laitier de montagne, reconnaît-il. « Tout le monde était habitué à ce que les producteurs de lait de montagne ne s’en sortent pas si mal, mais le marché est beaucoup plus difficile ces cinq dernières années. » Comprendre : depuis la suppression des quotas laitiers. Depuis quelques années, le modèle du lait de montagne présente des signes de faiblesse. Les aides publiques (ICHN notamment) et la meilleure valorisation du lait grâce aux signes de qualité ne suffisent plus à compenser le manque de compétitivité du secteur.

La filière en appelle aux pouvoirs publics pour compenser les surcoûts inhérents à la montagne. Pour les 20 000 producteurs montagnards, produire du lait coûte 30 à 43 % plus cher qu’en plaine, d’après le Cniel, entre des frais de mécanisation plus élevés, des bâtiments plus chers à construire et des rendements céréaliers réduits. Quant à la collecte, elle coûterait 14 € de plus les 1 000 litres, en raison d’une moindre densité d’élevages et des contraintes climatiques et routières. « Chez Sodiaal, collecter du lait en montagne coûte deux fois plus cher, car on consomme deux fois plus de gasoil et qu’on mobilise 2,3 fois plus de main-d’œuvre », précise Damien Lacombe, président de la coopérative et de Coop de France Métiers du lait.

Améliorer la valorisation des 600 millions de litres hors Siqo

Résultat : « En dix ans, le nombre de producteurs a baissé de 19 à 47 % selon les départements dans le Massif central, le Jura et les Alpes », indique l’interprofession. Des chiffres qui cachent d’importantes disparités selon les massifs. Poids lourd du lait de montagne avec 61 % des volumes, le Massif central est « très marqué par la transformation fromagère », rappelle Alain Plan, directeur du Criel Alpes et Massif central. Mais seulement un quart des exploitations produit sous un signe de qualité (Siqo). L’un des points clés pour ce massif consistera à améliorer la valorisation des 600 millions de litres de lait produits hors Siqo. Ce qui passera par un développement de la segmentation (lait de pâturage, sans OGM, etc.).

De leur côté, les Alpes ont tout misé sur le lait cru et les signes de qualité, qui représentent plus de 90 % de la production. D’où une excellente valorisation du lait, malgré un risque sanitaire toujours prégnant (ex. salmonelle, listeria). Entre 2008 et 2018, l’érosion du nombre de producteurs y a été moins marquée (-24 %) qu'en Auvergne Limousin (-32 %).

Dans les Pyrénées, « la transition est engagée »

Enfin, de l’autre côté du spectre, les Pyrénées ont perdu près d’un producteur laitier sur deux en moins de dix ans. À tel point que « les industriels ne trouvent plus suffisamment de lait dans la zone », rapporte Damien Lacombe. Pour Caroline Nollet, de la chambre d’agriculture des Hautes-Pyrénées, « la transition est engagée » vers les circuits courts, l’agritourisme ou des débouchés plus locaux. Avec des modèles rémunérateurs au niveau des exploitations et des « éleveurs heureux dans ces systèmes ».

Malgré ces trajectoires différentes, les professionnels du lait de montagne se sont accordés sur une demande commune à porter aux pouvoirs publics. Damien Lacombe a ainsi plaidé pour un « plan montagne, qui pourrait s’inscrire dans le Pacte productif » en cours de concertation. Les professionnels demandent à l’État d’agir pour alléger les coûts de production (exonérations de charges sociales, fiscalité sur le carburant, etc.) et soutenir les investissements (modernisation et matériel de collecte).

Le coût total des mesures proposées atteindrait 51,4 M€ sur cinq ans. Une somme « inférieure aux coûts économiques et sociaux » qui résulteraient de la poursuite de l’érosion du lait de montagne, estime le Cniel. Interrogé par Agra Presse le 2 octobre lors du Sommet de l’élevage, Didier Guillaume a confirmé que des discussions sont en cours. Tout en refusant d’apporter plus de précisions.

Coop de France métiers du lait demande un plan montagne

Le Cniel s’adresse aux élus en jouant sur la corde de l’emploi

« Après le secteur de la santé, la filière laitière est le plus fort pourvoyeur d’emplois en zone de montagne », indique le Cniel (interprofession laitière). Soit, au niveau national, environ 40 000 emplois directs et 25 000 indirects. « Un arrêt du lait, c’est une dynamique rurale qui se perd », résume Michel Lacoste, président de la commission montagne de l’interprofession. Le Cniel a choisi de « s’appuyer beaucoup plus sur les élus locaux », sensibles à la question de l’emploi, explique Bernard Marmier, également membre de la commission montagne.

Autre argument : « Le lait de montagne génère au moins deux fois plus d’emplois que les autres filières agricoles », d’après Michel Lacoste. Et notamment plus que l’élevage allaitant, souvent privilégié par les producteurs qui abandonnent le lait. D’après les chiffres du Cniel, un élevage allaitant de 100 ha génère 2,5 emplois directs et indirects, contre 5,2 pour le lait de montagne. Yanick Péchuzal, de l’Idele, appelle à « maintenir un équilibre entre productions laitière et allaitante, au niveau des exploitations comme des territoires ». Sachant que « les exploitations mixtes sont performantes ».

YG



Téléchargement