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Vendredi 01 février 2019 | panorama

Le biocontrôle, un secteur (encore) très divers


Si le marché de l’agrochimie semble dominé par des mastodontes, celui du biocontrôle, plus récent, reste encore très divers. Des PME sont à l’origine d’une part importante des innovations. Le leadership apparaît encore ouvert, accessible aux entreprises de taille intermédiaire. Difficile toutefois d’établir un classement, les chiffres d’affaires restant pour la plupart du secteur confidentiel. Une typologie permet de distinguer plusieurs catégories d’acteurs : les « pure-players » (spécialistes du biocontrôle) comme Koppert ou Elephant Vert, les « généralistes » de l’agrochimie comme Bayer ou BASF qui semblent dominer le marché, et enfin les « diversifiés » comme Lesaffre ou Total issus d’autres secteurs d’activité. En France, ce segment représente déjà 15 % des pesticides commercialisés et 5 % de part de marché, mais demande un soutien accru de la recherche.


« Une grande partie de l’innovation dans le biocontrôle vient aujourd’hui de PME », souligne Alain Querrioux, le directeur général d’Andermatt France. C’est la principale originalité de ce marché, à côté de l’agrochimie aujourd’hui dominée par des mastodontes. Et de citer, avec son entreprise, et des concurrentes Koppert, Lallemand. Ce constat, que partagent d’autres observateurs, restera-t-il valable dans les prochaines années ? Les grosses firmes d’agrochimie ont également acquis de solides positions sur le marché, notamment via des rachats comme dans le cas de Bayer. Andermatt France revendique 25 % des innovations récentes (en valeur) dans le biocontrôle. Mais s’agit-il encore d’une PME, sachant que la maison mère en Suisse pèse 53 millions d’euros de recettes ? Koppert, basée au Pays-Bas, se présente, elle, comme une « multinationale » au chiffre d’affaires de 190 millions d’euros. À côté de ces pure-players, le canadien Lallemand (plus de 2 900 employés) apparaît comme un groupe diversifié, étant d’abord un spécialiste des levures de boulangerie. Le biocontrôle rassemble en fait des acteurs très divers.

Mouvement de concentration

Une arrivée de gros groupes liées à des acquisitions

D’emblée, le secteur a concerné des entreprises de toutes tailles. IBMA, leur association datant de 1995, s’est constituée avec une poignée d’adhérents dont le géant Syngenta mais aussi Koppert, Andermatt. « Une série d’acquisitions a eu lieu au milieu de la décennie actuelle, raconte le secrétaire général d’IBMA France Denis Longevialle. Les gros groupes se sont développés dans le biocontrôle souvent par croissance externe. On le voit encore récemment avec l’annonce cet été du rachat d’Arysta LifeScience par UPL. » Ce futur ensemble est présenté comme la « cinquième plus grande société mondiale de produits de protection des cultures ». L’indien UPL (chiffre d’affaires : 2,7 milliards d’euros) revendiquait, dans une publicité diffusée par la revue française Phytoma en avril, « plus de 1 000 000 ha couverts par an » dans le biocontrôle. Arysta LifeScience (chiffre d’affaires : 1,9 milliard d’euros) s’est auparavant illustré en France avec le rachat en 2014 de la PME bretonne Goëmar, inventeur d’un vaccin pour les plantes à base d’algue.

Le secteur pèse 140 M€ de chiffre d’affaires

Difficile d’établir un top 10 des acteurs du biocontrôle sur le marché français : même l’IBMA n’en a pas idée. Seule une compilation des chiffres d’affaires, sous couvert d’anonymat, permet au cabinet d’études ADquation d’évaluer l’ensemble du secteur à 140 millions d’euros en 2017 (+5 % sur un an), les deux tiers concernant l’agriculture et un tiers les jardins, espaces verts, infrastructures. Les membres d’IBMA France représentent 90 % du marché. Leur nombre est de 32 actifs. Ils adhèrent, pour beaucoup d’entre eux, à d’autres syndicats. L’UIPP (industrie de la protection des plantes), qui rassemble 19 sociétés, en compte 12 à l’IBMA. À l’UPJ (jardins), forte de 26 membres, 10 ont parallèlement intégré l’association des entreprises du biocontrôle. L’Afaïa réunit quant à elle 74 acteurs, dont ceux des biostimulants, 7 étant aussi dans les rangs d’IBMA. « Ceux qui ne croient pas au biocontrôle deviennent rares, commente Denis Longevialle. L’activité rentre dans la stratégie des entreprises. »

Des « généralistes » leaders du marché

Une typologie permet de distinguer plusieurs catégories d’acteurs, entre notamment les pure-players (spécialistes du biocontrôle), les généralistes de l’agrochimie, les diversifiés. Parmi les généralistes, on compte par exemple Bayer, BASF, ou Syngenta. Si le classement des entreprises reste du domaine confidentiel, Bayer peut être situé dans le trio de tête du biocontrôle, à dire d’expert. Le géant allemand s’est distingué en 2012 avec le rachat de l’américain AgraQuest, spécialiste des microorganismes. Une opération chiffrée à près de 500 M$, qui lui a permis d’intégrer un site de production au Mexique plus un centre R & D en Californie pour un total d’environ 250 salariés. La gamme biocontrôle de Bayer comprend aujourd’hui des bactéries et champignons contre différentes maladies en grandes cultures, des substances naturelles pour piéger des nuisibles en arboriculture.

BASF présent sur quelques segments

Autre poids lourd de l’agrochimie, BASF s’autoproclame leader du biocontrôle, avec 12 % de parts de marché. La firme de Ludwigshafen (Allemagne) revendique notamment 75 000 ha de vignes dans l’Hexagone protégées à l’aide de phéromones, soit 10 % des surfaces. BASF n’est toutefois présent que sur quelques segments du biocontrôle, en cultures spécialisées. Pour les grandes cultures, une gamme n’est envisagée que « plus tard », a indiqué le 24 janvier en conférence de presse le DG Nicolas Kerfant. Syngenta occupe, semble-t-il, une position moins dominante, avec notamment des solutions à base de soufre contre la septoriose du blé. Le suisse, contrôlé par le groupe étatique ChemChina, explore des solutions microbiennes avec le hollandais DSM. C’est « après 2024 » que les premiers produits issus de ce partenariat R & D sont attendus, indiquait mi-septembre le président de Syngenta Bruno Baranne. D’autres généralistes, présents dans le conventionnel et le biocontrôle, font figure d’acteurs de premiers rangs, comme le japonais Certis. Le français De Sangosse se montre particulièrement ambitieux, en visant 30 % de part de marché national du biocontrôle à l’horizon 2022.

Des pure-players en challengers

Dans la catégorie des pure-players, ces entreprises qui n’opèrent que dans le biocontrôle, Koppert France apparaît comme un leader avec près de 15 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2017. L’entreprise s’est imposée via la production et la commercialisation de macro-organismes et pollinisateurs jusque dans les années 2000. Puis en étendant sa gamme grâce à un programme de recherche et de diversification. Eléphant Vert, avec comme actionnaire la fondation suisse Antenna Technologies de lutte contre la malnutrition, semble en pleine ascension. Le groupe s’est rapproché en octobre de Bio3G (chiffre d’affaires : 37 M€), spécialiste breton des produits de biostimulation pour l’agriculture et les espaces verts. Il a aussi racheté en 2017 la société vendéenne Or Brun, spécialiste des produits naturels de jardin.

Une activité de diversification pour Lesaffre ou Total

Un autre ensemble d’acteurs est constitué par les groupes diversifiés. Exemple avec Agrauxine, une division du leader mondial de la levure Lesaffre. Son ambition en France est de devenir le leader des biofongicides issus de micro-organismes. En deux ans, Agrauxine indique avoir déjà capté 20 % de parts de marché en protection des maladies du sol concernant la carotte. Et de revendiquer 100 000 ha de vignes couvertes en France et Italie, grâce à un autre lancement l’an dernier. Egalement bâti autour des levures, le plus que centenaire Lallemand s’est intéressé en 2006 au domaine végétal. Cette entreprise canadienne propose des micro-organismes pour la santé et la nutrition des plantes. Le pétrolier Total est aussi présent dans le biocontrôle avec l’huile de paraffine.

Présence des coopératives

Le secteur comprend aussi des structures liées à des coopératives. C’est le cas de Bioline AgroSciences (InVivo), anciennement filiale de biocontrôle rachetée à Syngenta. L’entité apparaît comme leader des biosolutions contre la pyrale du maïs, avec ses trichogrammes (micro-guêpes). JD (Terrena) mise de son côté sur les substances naturelles fongicides et la stimulation des défenses naturelles des plantes. D’autres acteurs du monde coopératif figurent parmi les membres associés d’IBMA : la plateforme d’innovation ARD, le groupe agro-industriel Limagrain. S’ajoutent à la liste le spécialiste en chimie des substances naturelles Akinao, le pôle de compétitivité Végépolys… leur vocation étant, non pas d’être présent sur le marché, plutôt dans la recherche de partenariat sur le biocontrôle.

Qui dit biocontrôle ne dit pas forcément Agriculture biologique

Les produits de biocontrôle sont définis par l’article L253-6 du Code rural. Ils recouvrent des « agents et produits utilisant des mécanismes naturels dans le cadre de la lutte intégrée contre les ennemis des cultures ». Selon ce texte, ils comprennent en particulier « les macro-organismes », mais aussi « les produits phytopharmaceutiques comprenant des micro-organismes, des médiateurs chimiques comme les phéromones et les kairomones et des substances naturelles d’origine végétale, animale ou minérale. » Une définition qui se rapproche de l’Agriculture biologique (AB). Mais pas tout à fait. Comme l’indique une note de service du ministère de l’Agriculture de janvier 2018, « compte tenu des exemptions dont ils bénéficient, les produits inscrits sur la liste respectent des dispositions spécifiques en matière de sécurité pour la santé et pour l’environnement. » Et ces dispositions sont différentes du cahier des charges de l’Agriculture biologique. Si bien que, comme le rappelle l’Inra, dans une note en janvier 2018, « toutes les méthodes de biocontrôle ne sont pas ipso facto éligibles à l’utilisation en AB, et que certaines méthodes utilisées en AB (comme l’emploi de doses plus ou moins fortes de cuivre) sont exclues du champ du biocontrôle. » Au colloque d’IBMA le 29 janvier, Patrick Dehaumont (DGAL) s’est dit « vraiment favorable » à la demande du syndicat que les nouvelles solutions de biocontrôle soient acceptées dans les cahiers de charges AB.

JCD



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