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Vendredi 20 mars 2020

Le commerce de fleurs et de plantes d’ornement à l’arrêt


Les producteurs de fleurs et plantes d’ornement sont touchés de plein fouet par l’arrêt de l’activité des fleuristes et jardineries. Une partie d’entre eux devrait bénéficier du fonds de solidarité TPE mis en place par le gouvernement. Mais ils demandent un soutien renforcé.


Même si quelques établissements commercialisant des fleurs et plantes d’ornement (supermarchés, jardineries/animaleries) restent encore ouverts au public, leur commerce est « de fait à l’arrêt », rapporte Julien Legrix, directeur de la FNPHP, la fédération nationale des horticulteurs et pépiniéristes (FNSEA), à Agra Presse le 17 mars. La production horticole concerne 3 600 exploitations, pour un chiffre d’affaires de 1,2 Mrd € en 2015. Le secteur dans son ensemble (végétaux, travaux et fournitures) pèse 8 Mrd €.

L’épidémie arrive au plus mauvais moment pour ces productions car, après plusieurs semaines de mauvais temps, le week-end du 14-15 mars sonnait comme le « top départ de la saison » printanière, qui s’étale traditionnellement jusqu’à la fête des mères (7 juin cette année). Et la campagne de printemps représente en moyenne « 50 % du chiffre d’affaires » de l’année, rapporte Julien Legrix, voire « jusqu’à 75 % » pour certaines orientations techniques.

Un problème de place

« C’est une catastrophe, rapporte Simon Courbet, horticulteur et représentant de la FNPHP dans le Doubs, particulièrement touché par l’évènement. « Le confinement tombe au plus mal, au moment où nous commercialisons les bisannuelles, pensées, primevères, renoncules ». Chez lui, ces variétés commercialisées en mars représentent 25 % du chiffre d’affaires annuel.

« Ces ventes nous permettent de faire de la trésorerie pour produire les plantes annuelles (géraniums, fuchsia…), en avril, mai, juin. Et, surtout, elles nous permettent de faire de la place. Les plantes annuelles viennent d’être repiquées, elles vont grossir et avoir besoin d’être repiquées. Il va falloir faire un choix. Là, je commence déjà à jeter ».

Continuer à produire pour repartir

Selon la FNPHP, la priorité de ces filières très pourvoyeuses de main-d’œuvre (5 à 6 ETP en moyenne par entreprise) reste « de continuer à produire » pour préparer la reprise du commerce, et de préserver notamment les plantes de cycle long (arbustes notamment), face à d’éventuels manques de main-d’œuvre (pour la distanciation, ou l’arrosage), explique Julien Legrix.

La seconde priorité est la trésorerie, au plus bas à cette période de l’année. Des défauts de paiements des fournisseurs sont craints à horizon de deux semaines. « La période de février-mars-avril est une période délicate car nous avons payé le terreau, les pots, les engrais, le personnel », rapporte Simon Courbet.

Fonds de solidarité TPE en vue

Certains producteurs pourraient bénéficier du « fonds de solidarité » qui va être mis en place à destination de « l’ensemble des très petites entreprises » qui ont vu leur activité stoppée ou très gravement freinée par les mesures de lutte contre le coronavirus.

Pour être éligibles, les entreprises doivent avoir perdu au moins 70 % de leur chiffre d’affaires « entre mars 2019 et mars 2020 », a détaillé le ministre de l’Economie Bruno Le Maire le 17 mars. Autre condition : un chiffre d’affaires inférieur à 1 million d’euros. En 2018, le chiffre d’affaires médian des entreprises horticoles était d’environ 230 000 euros, selon une étude de FranceAgriMer portant sur 300 exploitations du secteur.

Besoin de publicité

Pour les bénéficiaires, le fonds se manifestera d’abord par une aide forfaitaire de 1 500 euros, « rapide, simple, automatique sur simple déclaration ». Au-delà, il est prévu « un dispositif anti-faillites pour les entreprises qui emploient au moins un salarié et qui seraient en très grande difficulté malgré le recours à tous les autres dispositifs ». Dans ce cas, « nous augmenterons au cas par cas le soutien financier pour […] éviter toute faillite », a assuré Bruno Le Maire.

Pour Simon Courbet, « 1 500 euros c’est bien, mais ce sera infime pour une entreprise comme moi qui fait 40 000 euros de chiffre d’affaires sur le mois de mars. » L’horticulteur propose de doubler l’aide forfaitaire aux entreprises de son secteur, mais aussi de leur venir en aide via les marchés publics ou la publicité. « Notre filière est méconnue, nous sommes bien connus localement mais nous gagnerions à être plus connus », plaide-t-il.

« 50 % du chiffre d’affaires » de l’année réalisé au printemps

« 1 500 euros c’est bien, mais ce sera infime »

Les mesures du gouvernement pour éviter les faillites d’entreprises

Dans un communiqué le 18 mars, le ministère de l’Economie synthétise l’ensemble des mesures prises par le gouvernement pour permettre aux entreprises les plus touchées d’éviter la faillite. « Des délais de paiement d’échéances sociales et/ou fiscales (Urssaf, impôts directs) » ; « dans les situations les plus difficiles, des remises d’impôts directs pouvant être décidées dans le cadre d’un examen individualisé des demandes » ; « le report du paiement des loyers, des factures d’eau, de gaz et d’électricité pour les plus petites entreprises en difficulté » ; « une aide de 1 500 euros pour les plus petites entreprises, les indépendants et les microentreprises des secteurs les plus touchés grâce au fonds de solidarité » ; « la mobilisation de l’État à hauteur de 300 milliards d’euros pour garantir des lignes de trésorerie bancaires dont les entreprises pourraient avoir besoin à cause de l’épidémie » ; « un soutien de l’État et de la Banque de France (médiation du crédit) pour négocier avec sa banque un rééchelonnement des crédits bancaires » ; « le maintien de l’emploi dans les entreprises par le dispositif de chômage partiel simplifié et renforcé » ; « l’appui au traitement d’un conflit avec des clients ou fournisseurs par le Médiateur des entreprises » ; « la reconnaissance par l’État et les collectivités locales du Coronavirus comme un cas de force majeure pour leurs marchés publics (pas de pénalités de retards ».

MR