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Vendredi 30 août 2019

Le Giec éclaire les liens entre changement climatique et dégradation des sols


Dans un nouveau rapport présenté officiellement le 8 août, le Giec démontre les rapports étroits et pernicieux entre sécurité alimentaire, dégradation des sols et changement climatique.


Pas moins de 107 auteurs, 7 000 publications scientifiques analysées, 1 000 pages… Le Giec a publié, début août, un colossal rapport analysant les interactions complexes entre réchauffement climatique, dégradation des sols et sécurité alimentaire. Un « résumé pour décideurs » a également été mis au point par les auteurs. Il devrait servir de base aux prochaines négociations internationales sur le climat.

Dans ces travaux, les auteurs montrent l’interconnexion d’au moins deux phénomènes, s’alimentant mutuellement : la dégradation des sols et le réchauffement climatique. Depuis les années soixante, la croissance de l’utilisation des terres entraîne une aggravation du réchauffement climatique, qui détériore à son tour les sols, moins capables de stocker du CO2 et d’atténuer l’augmentation des températures.

Pour étayer leurs propos, les scientifiques pointent d’abord du doigt la pression que subissent les sols depuis près de 60 ans, avec « l’augmentation de la population mondiale » et « l’explosion de la consommation par tête ». En effet, selon les auteurs du rapport, environ 72 % des terres émergées non couvertes par la glace sont directement utilisées par l’homme.

23 % des émissions globales

Or, cette utilisation tous azimuts des sols aggrave le réchauffement climatique. Les activités humaines sur les terres sont déjà responsables de 13 % des émissions de CO2, 44 % de celles de méthane et 82 % de celles de protoxyde d’azote rejetées dans l’atmosphère, ce qui représente 23 % des émissions globales de gaz à effet de serre d’origine humaine. Le système alimentaire émet entre 21 et 37 % des émissions nettes mondiales de gaz à effet de serre.

Cette aggravation du changement climatique est notamment liée au changement d’usage des sols. La déforestation, par exemple, entraîne une hausse locale de la température, car la forêt ne joue plus son rôle d’évapo-transpiration. La désertification, à la fois liée au réchauffement climatique et à l’épuisement des sols par les activités humaines, amplifie également le réchauffement.

Le réchauffement climatique entraîne, de son côté, une dégradation des sols, à travers les évènements extrêmes (pluies intensives, sécheresses, ouragans, etc.). Le phénomène est d’ailleurs déjà à l’œuvre : l’érosion des sols est désormais « 10 à 100 fois plus rapide que leur reconstitution » et les terres arides s’étendent de « 1 % chaque année », selon le Giec.

Baisse de productivité

Le réchauffement entraînera également une « baisse de productivité des cultures », par exemple en ralentissant la croissance de certains animaux ou en favorisant les maladies. D’autant que le réchauffement est plus fort sur les terres qu’en mer : depuis la période préindustrielle, la température moyenne globale des terres a augmenté de 1,53 °C, contre seulement 0,87 °C au niveau global.

La dégradation des sols diminue, in fine, la capacité des sols à stocker du carbone, entraînant à nouveau une augmentation du réchauffement. Toutefois, les scientifiques s’interrogent sur l’ampleur de ce phénomène, dans la mesure où l’augmentation du CO2 entraîne également un verdissement de la planète, notamment grâce à l’accélération de la croissance des végétaux permise par les gaz à effet de serre.

L’ensemble de ces phénomènes devrait menacer, à terme, la sécurité alimentaire de régions entières, prévient le Giec, principalement à cause des sécheresses et de la désertification. Selon le Giec, d’ici 2050, de 220 millions de personnes (si le réchauffement climatique est à 1,5 °C) à 277 millions de personnes (à 3 °C), pourraient devenir « vulnérables », principalement en Asie et en Afrique.

Les régions tropicales vulnérables

Autour de la Méditerranée, en Amérique, dans le Sud de l’Afrique et en Asie centrale, ce sont les incendies qui seront les plus dévastateurs, selon le Giec. Les régions situées dans les tropiques seront, quant à elles, les « plus vulnérables au déclin des terres cultivables », à cause de « la hausse du niveau de la mer » et de « cyclones intenses ».

Le Giec plaide pour un système alimentaire plus « équilibré »

Que faire pour éviter ce scénario ? Pour les scientifiques, la « plupart des réponses au réchauffement sont aussi des réponses contre la désertification, la dégradation des terres et la sécurité alimentaire ». Les auteurs citent notamment la mise en place d’un « système de production alimentaire durable », une « diminution de la déforestation » et « une conservation des écosystèmes ».

Le gaspillage alimentaire est largement pointé du doigt, alors que le monde jette environ un tiers de la nourriture produite. Le gaspillage représente, selon le Giec, 10 % des émissions de gaz à effet de serre. Selon les scientifiques, le réduire pourrait libérer « plusieurs millions de kilomètres carrés de terres » pour reconstituer des milieux naturels.

Changement de régime alimentaire

Le Giec pointe également l’efficacité de mesures visant à une « refonte du système alimentaire, de la production à la consommation ». Il cite pêle-mêle une « meilleure gestion des cultures », une « meilleure utilisation des fertilisants », « les améliorations génétiques » pour « améliorer la tolérance à la sécheresse et à la chaleur » et l’ensemble des techniques « d’agroécologie ».

Dans la consommation, le Giec plaide pour un système alimentaire plus « équilibré », avec des produits basés sur les « plantes, graines, légumes, fruits, noix », ainsi que des produits animaux « produits avec des modèles durables ». Ces changements de régime alimentaire pourraient également libérer « plusieurs millions de kilomètres carrés » de terres.

FC



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