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Vendredi 06 septembre 2019

Le retour de Moby Dick


En brisant des records d’intensité ou de fréquence, en suggérant une dérive imprévisible, les évènements climatiques récents (canicule en Europe, ouragan en Amérique) modifient lentement notre rapport à la Nature ; alors que nous nous sentions depuis des décennies dans une dynamique uniforme de progrès technique, c’est-à-dire de découverte et de maîtrise des éléments naturels, alors que nous repoussions partout l’inconnu, nous battons aujourd’hui en retraite face au climat, devenant moins capable qu’avant de le prédire et de le domestiquer. Ainsi, nous replongeons un peu dans l’obscurité, et quelque part dans le passé. Et par ce mouvement, la Nature d’aujourd’hui reprend un peu les contours que lui dessinait l’écrivain américain Herman Melville dans son roman Moby Dick, paru en 1851. Dans cet ouvrage aux multiples lectures possibles, on peut regarder les cétacés comme une incarnation du mythe de la Nature, objet imprévisible, incontrôlable, infini. Et si les nuages, les vents et les pluies d’aujourd’hui peuvent faire penser aux cachalots d’hier, comment ne pas comparer le sort des agriculteurs contemporains aux baleiniers du XIXe siècle ? Parmi les grands corps de métier, les agriculteurs paraissent les plus exposés à la dérive du climat, particulièrement dans les pays où ils sont les plus pauvres, les moins équipés, les moins soutenus. Gageons toutefois que le changement climatique leur réservera un sort plus enviable que Moby Dick à l’équipage du Péquod.

Mathieu Robert



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