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Vendredi 06 septembre 2019

Loups : le débat déborde dans les parcs nationaux


Le 16 septembre, un groupe de travail planchera sur des mesures de protection face au loup dans les cœurs des parcs nationaux. Les pouvoirs publics n'excluent pas d'y réaliser des tirs d’effarouchement, ce qui constituerait une première dans l’histoire des parcs nationaux. Une ouverture gouvernementale qui intervient dans un contexte de fortes tensions, sur fond de recrudescence de la prédation.


Le plafond de prélèvement de loups pour l’année 2019 se rapproche, une perspective qui aggrave les tensions dans un dossier déjà hautement sensible. Au 4 septembre, 83 loups ont déjà été « détruits » en France, d’après la préfecture des Alpes-de-Haute-Provence, alors que 90 canidés peuvent être abattus dans l’année (voire 100 si le plafond est atteint en cours d’année). Le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a donc décidé de suspendre les autorisations de tir de prélèvement « jusqu’au 31 décembre 2019 ». Idem pour les tirs de défense renforcée « pour les éleveurs dont les exploitations ont subi moins de dix attaques depuis le début de l’année ». Une décision prise à la demande du préfet coordonnateur du plan national loup. « Les éleveurs sont à bout ! », a réagi la FDSEA des Alpes-de-Haute-Provence dans un communiqué du 5 septembre, promettant « des actions à venir ».

Une décision similaire sera-t-elle prise dans les Hautes-Alpes voisines ? La situation y est encore plus explosive depuis le blocage de la préfecture de Gap par la FDSEA et les JA 05, du 26 au 29 août. Cette manifestation intervenait après le dérochement de 97 brebis dans le vallon de Colombeugne, constaté le 22 août. D’après Sandrine Hauser, secrétaire générale de la FDSEA 05, « on est à 200 bêtes mortes de plus que l’an passé au même moment [dans le département] et on n’est pas encore au pic des attaques. » Une recrudescence de la prédation qui suit, au niveau national, la hausse de la population de loups, estimée à 530 individus à l’hiver 2018-2019.

La brigade loup dans le Parc des Ecrins

Les éleveurs haut-alpins ont finalement levé le camp sans avoir obtenu ce qu’ils demandaient : le droit de déclencher des tirs dans le cœur du Parc national des Écrins. Mais le dossier a connu des avancées : la brigade loup de l’ONCFS est sur place pour procéder à des tirs d’effarouchement autour du parc. « C’est la première fois qu’une telle mobilisation de la brigade est engagée dans un même département », souligne le cabinet du préfet coordonnateur du plan loup dans un communiqué du 29 août. Il a par ailleurs autorisé des tirs de prélèvement autour du parc national des Écrins dans un arrêté pris le 31 août. Cinq communes sont concernées (Ancelle, Champoléon, La-Chapelle-en-Valgaudemar, Orcières, Villar-Loubière), certaines étant partiellement en zone « cœur de parc ». « Nous espérons que ces prélèvements ne seront pas remis en cause par le plafond », a réagi Claude Font, élu de la FNO (éleveurs ovins) en charge du loup, interrogé par Agra Presse.

Au délà du Parc, explique ce responsable national, « nous attendons un arbitrage politique pour pouvoir continuer (sur tout le territoire national, ndlr) au moins les tirs de défense renforcée – qui sont les plus efficaces – même si le plafond est dépassé ». Cet éleveur de Haute-Loire rappelle que sur les 83 loups tués, « 82 l’ont été lors de tirs de défense et un seul par un tir de prélèvement. Ça montre que nous sommes dans le vrai en voulant défendre nos troupeaux. Notre rôle, ce n’est pas la régulation du loup, mais la défense de nos troupeaux. »

Protéger les troupeaux et éloigner le loup

Signe d’une évolution progressive de la doctrine gouvernementale, des « mesures pour diminuer la prédation par le loup » sont à l’étude dans les cœurs des parcs nationaux : elles feront l’objet d’un groupe de travail le 16 septembre. Il est trop tôt pour connaître la nature de ces actions, qui dépendra aussi du bilan de la mission de la brigade loup dans le Parc des Écrins. Mais elles pourraient viser deux objectifs : favoriser la protection des troupeaux (héliportage de cabanes mobiles pour faciliter le gardiennage par exemple) et éloigner le loup des animaux d’élevage (effarouchement).

« Les tirs notamment d’effarouchement ne sont réglementairement pas autorisés dans le cœur du parc national des Écrins, a indiqué le cabinet du préfet coordonnateur à Agra Presse. De tels tirs constituerait une première dans l’histoire des parcs nationaux. Les autres dispositifs d’effarouchement (sonores et lumineux) peuvent être utilisés après autorisation du directeur du parc. » « L’idée, c’est de faire sortir le loup du parc, pour effectuer à l’extérieur des tirs de prélèvement », a expliqué Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA le 4 septembre devant la presse.

« Les tirs restent la solution ultime »

Dans les dernières années, des actions d’effarouchement du loup ont déjà été menées dans le parc de la Vanoise et celui des Écrins, mais elles restent très rares. Dans le cas des Écrins actuellement, des tirs d’effarouchement ne seraient « pas exclus », a affirmé un cadre de l’ONCFS à Agra Presse. Mais « les tirs restent la solution ultime », rappelle un membre de la brigade loup. De son côté, le 29 août, sur CNews, le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume s’est prononcé pour « un décret pris par le Premier ministre ou la ministre de la Transition écologique, non pas pour tuer, mais pour effaroucher ».

Les tirs, c’est justement la ligne rouge à ne pas franchir, pour Jean-David Abel, vice-président de France Nature environnement (FNE). « Nous sommes favorables à voir ce qu’il est possible de faire dans les cœurs de parcs et les réserves naturelles, à partir du moment où on ne tire pas des loups. »

FNE veut accompagner les éleveurs

« Nous sommes conscients que les éleveurs ont besoin d’aide", souligne le responsable, qui estime « très important » de « voir comment on peut au maximum aider, accompagner les éleveurs et les bergers ». Mais les cœurs de parcs ne représentent que « 0,2 % du territoire national », relativise-t-il. « Depuis des années, le gros des attaques ne se déroule pas dans les cœurs de parcs. »

En attendant, la pression monte avant la réunion du 16 septembre. Invité en tant que représentant de la FNO, Claude Font dénonce déjà « un rendez-vous manqué ». « On sera 84 personnes autour de la table pour 2 heures de réunion, regrette l’éleveur. Ce qu’on demandait, c’était rencontrer les responsables des parcs nationaux et laisser la politique dehors pour travailler concrètement. » « Nous voulons construire un compromis, mais nous ne sommes pas entendus », estime de son côté Jean-David Abel, qui dénonce une « gestion politicienne » du dossier loup. Et de menacer : « On est à deux doigts de quitter toutes les instances de régulation et de dialogue. »

Au 4 septembre, 83 loups ont déjà été « détruits » en France

Situation explosive dans les Hautes-Alpes

Dans le cas des Écrins, des tirs d’effarouchement ne seraient « pas exclus »

YG