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Vendredi 13 septembre 2019

Même en Bretagne, les éleveurs vivent le changement climatique


Bien que la Bretagne soit moins affectée que beaucoup d’autres régions, les éleveurs cherchent à anticiper le changement climatique, par différentes mesures, notamment par une hausse du stock des fourrages.


Selon Météo France, l’année 2019 aura connu le troisième été le plus chaud jamais enregistré depuis un siècle, après 1976 et 2003. « Au cours des deux épisodes de canicule, de nombreuses stations météo ont enregistré des records absolus, le plus important étant à Cambrai pour passer de 38°C à 41°C, soit un saut de 3°C, ce qui est considérable ! », a expliqué Franck Baraer, climatologue à Météo France de Rennes, lors d’une conférence sur l’adaptation des élevages aux changements climatiques organisée par l’Association française des journalistes agricoles (Afja), le 9 septembre à Rennes.

Une récolte de maïs fourrage avancée de 40 jours

Météo France a travaillé en étroite collaboration avec la Chambre régionale d’agriculture de Bretagne pour mettre en place un observatoire du changement climatique. « Notre objectif est de déterminer les bons indicateurs du changement », explique Laurence Ligneau, de la cellule GES/carbone/adaptation aux changements climatiques de la Chambre d’agriculture de Bretagne, qui est pourtant l’une des régions les moins affectées. Ainsi, pour un maïs semé au 1er mai, la date correspondant à la somme de température pour arriver à la récolte en fourrage (1 425 degrés jours base 6) est atteinte quarante jours plus tôt aujourd’hui que dans les années soixante. Quant aux prairies, la pousse du ray-grass anglais est ralentie au-dessus de seulement 23°C. Or, cette température est atteinte treize jours de plus que dans les années soixante au cours de l’été.

Des risques de coups de gel accrus

« Au-delà d’un problème de changement de température et de pluviométrie, on observe aussi de grandes variabilités qui sont difficiles à appréhender pour les éleveurs », a poursuivi Hervé Guyomard, directeur de recherche à l’Inra. Cela a été le cas cette année : « Nous avons subi une gelée féroce et, quarante jours plus tard, une canicule féroce ! », a illustré Marcel Denieul, président du Space. Ce qui, pour Franck Baraer, n’a rien d’étonnant : « Malgré une diminution du nombre de jours de gel, les coups de gel seront de plus en plus nombreux, car la végétation démarre de plus en plus tôt, d’où une sensibilité accrue au gel tardif ».

Agir sur les stocks, les bâtiments, le stockage de l’eau…

Alors, que faire ? Le salut passera-t-il par une stratégie plus poussée de stockage des fourrages ? Sans aucun doute, « mais encore faut-il avoir la trésorerie », a insisté Thierry Roquefeuil, président de la FNPL (producteurs de lait), qui souligne que les éleveurs laitiers ont tendance à augmenter leur surface de terres arables afin d’augmenter leur capacité de production de fourrages en autoconsommation. « Travailler sans stock, c’est désormais suicidaire », considère Marcel Denieul qui regrette que certains conseillers soient encore dans ce type de conseil. « Nous travaillons aussi sur des croisements d’espèces de bovins pour une meilleure résistance au stress hydrique », explique Laurence Ligneau.

Les autres pistes sont la réinstallation de haies et d’arbres pour créer des zones ombragées, le choix de variétés plus tolérantes à la chaleur, mais aussi le stockage de l’eau. « J’ai la chance d’avoir du stockage de l’eau sur mon exploitation », reconnaît Thierry Roquefeuil. « Il faut aussi moderniser les bâtiments pour que ceux-ci permettent aux animaux de mieux supporter ces périodes de stress hydrique », ajoute Hervé Guyomard. Car ces bâtiments ont surtout été pensés pour protéger du froid. Thierry Roquefeuil a insisté sur le fait que toutes ces adaptations au changement climatique ont un coût, mais que personne ne veut le prendre en charge, surtout pas les consommateurs, ni les collectivités territoriales.

« Travailler sans stock de fourrage, c’est désormais suicidaire »

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